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Depuis qu’il a été sous secrétaire d’État aux affaires africaines de 1989 à 1993, Herman Cohen, 88 ans, est devenu une sorte de point focal de la politique africaine et congolaise pour certains lobbyistes aux USA.

Il passe l’essentiel de sa retraite dorée à se faire consulter par des think tanks républicains sur la place de Washington DC qui cherchent la meilleure formule pour maintenir l’ancien État Indépendant du Congo (EIC) sous influence américaine.

En effet, depuis 1885 grâce notamment à l’implication diplomatique et financière des États-Unis d’Amérique, l’EIC a été de tous les rendez-vous de la révolution industrielle. Le Congo Belge fut ainsi tour à tour le principal pourvoyeur de l’ivoire, du caoutchouc, des métaux précieux et de l’uranium qui ont conféré aux occidentaux l’hégémonie. On peut également citer le bois, les cultures rentières comme le coton, l’huile, l’hévéa, le café, le cacao, le riz, le maïs, le thé et d’autres métaux précieux nécessaires à la transition énergétique et aux nouvelles technologies de l’information et de la communication tels que le cobalt et la colombo tantalite, sans oublier l’or et le diamant. Au-delà de ces ressources naturelles tarissables, il faut ajouter que le Congo-Kinshasa est le deuxième poumon de la planète avec sa deuxième forêt tropicale après l’Amazonie et la deuxième réserve mondiale d’eaux douces talonant l’Amérique équatoriale latine. 

Autant d’atouts qui font du pays de Kimbangu et Lumumba une référence géostratégique pour la première puissance mondiale qui tient bon an mal an à garder un œil sur sa gouvernance.

Kabila, un missile difficile à téléguider

Après l’alternance démocratique au sommet de l’État en janvier 2019, Herman Cohen comme la plupart de néolibéraux américains n’a pas caché son soulagement de pouvoir enfin contrôler le pouvoir suprême en RDC, une ambition malmenée pendant tout le mandat de l’indocile fils de Mzee Laurent Désiré Kabila qui avait du mal à faire confiance aux américains suspectés de s’être placés du mauvais côté de l’histoire en immolant sur l’autel de leur empire les meilleurs d’entre ses précurseurs que sont les Kimbangu, Lumumba, Mulele et son propre géniteur Laurent Désiré Kabila.

Félix Tshisekedi, le nouveau président apparaissait à cet égard comme un possible allié objectif pour les intérêts américains dans ce coffre-fort naturel qu’est la RDC. Même si l’isolationnisme du truculent Donald Trump a rechigné à lui dérouler le tapis rouge à la maison blanche, Fatshi n’en est pas moins devenu la coqueluche aux yeux de certains milieux conservateurs au pays de l’oncle Sam. 

Aussitôt après son élection, Herman Cohen a, dans un entretien avec le chroniqueur congolais Marius Muhunga, émigré aux USA tenu des propos péremptoires annonçant notamment que «dans une année, l’influence de Félix Tshisekedi sera tellement grandissante que Joseph Kabila n’existera presque plus politiquement». Une année après, Muhunga est revennu aux nouvelles pour savoir ce qu’il en était de cette prédiction. Sincère, Cohen n’a pas trouvé mieux que de se morfondre en excuses. «Je pense que je dois m’excuser auprès de l’opinion congolaise pour les propos que j’avais tenus une année plus tôt dans l’euphorie du changement de régime en RDC. Je pense que j’ai sous-estimé Kabila», avait-il concédé non sans amertume.

Si Herman Cohen s’est plutôt montré cohérent dans sa lecture des faits, il s’est par contre totalement planté sur les raisons de l’enracinement politique de Kabila même après avoir quitté la magistrature suprême. Plutôt que de fonder l’ancrage politique du président honoraire de la RDC sur les valeurs nationalistes, souverainistes et lumumbistes qu’il partage avec un grand nombre de ses compatriotes convaincus que leur pays profitera au mieux de ses ressources s’il est en mesure de s’auto-déterminer dans le concert des nations, Cohen estime, à tort, que Joseph Kabila tiendrait son leadership de la corruption de ses ouailles. «Je pense que si Joseph Kabila est toujours fort, c’est parce qu’il garde encore le contrôle de la Gécamines dont Albert Yuma est toujours président du conseil d’administration et de la Banque Centrale», se justifie-t-il. «Faux», lui rétorque Jean Charles Mubilulu, coordonnateur national de la jeunesse du PALU. «Comme notre leader Godefroid Mayobo a eu à le dire à la délégation de la Monusco mercredi 18 novembre 2020 au siège du parti au pont Matete, les Américains doivent comprendre une bonne fois pour toutes que les Congolais sont dans leur grande majorité des nationalistes lumumbistes, souverainistes par essence.

Aussi longtemps qu’il y aura des élections transparentes dans ce pays, il sera difficile de dégager une majorité autre que nationaliste et lumumbiste. Et Joseph Kabila a été consacré de son vivant par Gizenga, héritier testamentaire de Lumumba, comme le porte-étendard du nationalisme congolais qui plonge ses racines dans la lutte de tous les autres martyrs souverainistes. En droit positif congolais, la majorité parlementaire qui se dessine en début de mandat ne saurait être chamboulée en cours de mandat sans créer une crise plus grave que celle que l’on prétend résoudre dans la mesure où tout le monde sera fondé à chercher à défendre les dispositions intangibles de la Constitution, de la loi sur l’opposition politique et du règlement intérieur de l’Assemblée nationale cyniquement foulées aux pieds». 

Plus vieux parti du landerneau politique actuel de la RDC, le PALU semble avoir vu juste en conseillant tous ceux qui veulent doter Félix Tshisekedi d’un pouvoir impérial de prendre leur mal en patience jusqu’aux élections générales de 2023.

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