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Luis Mariano Montemayor, 60 ans, est un nonce de choc. Toute la journée, le 31 décembre, ce prélat argentin très proche du pape François n’a cessé de franchir la clôture entre sa nonciature et le centre interdiocésain de Kinshasa pour forcer l’opposition et le pouvoir congolais à s’entendre avant minuit.

À la mi-journée, l’ambassadeur du Vatican, visiblement agacé, a même lancé un ultimatum devant la presse : « J’ai parlé aux évêques [de la Conférence épiscopale nationale du Congo, la Cenco]. Aujourd’hui, ou on a la signature, ou ils se retirent des bons offices. C’est tout. Mais en informant la population. »

Autre diplomate de choc, l’envoyé spécial de la Maison-Blanche, Thomas Perriello. Le 12 décembre, c’est lui qui a convaincu le président Obama d’infliger, via le Trésor américain, des sanctions financières à deux hauts responsables de l’appareil sécuritaire congolais, le ministre de l’Intérieur, Évariste Boshab, et le chef de l’Agence nationale de renseignements (ANR), Kalev Mutondo.

Mesures d’urgence

Comme l’Union européenne a sanctionné le même jour sept autres sécurocrates congolais, le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mendé, a aussitôt dénoncé des mesures « illégales [qui] procèdent d’une sorte de droit impérial ».

Ban Ki-moon et son envoyé spécial, l’Algérien Saïd Djinnit, le ministre belge Didier Reynders, son homologue français Jean-Marc Ayrault… Depuis New York, Bruxelles et Paris, les principaux partenaires de la RD Congo ont scruté de très près les évènements congolais. À Paris, l’inquiétude était perceptible.

« Le 19 décembre, jour de grandes manifestations prévues au Congo, nous avons planifié au Quai d’Orsay et à la Défense un dispositif de crise pouvant, le cas échéant, venir en aide aux ressortissants français dans ce pays », confie un haut diplomate français.

De possibles sanction contre Kabila

Sur la classe politique congolaise, les partenaires occidentaux ont exercé une double pression. À l’opposition, ils ont dit : « S’il y a de graves violences, la CPI risque de poursuivre non seulement des membres du pouvoir, mais aussi des gens de votre camp. » Aux autorités, ils ont envoyé deux signaux. L’Union européenne a reporté sa signature du financement de plusieurs programmes de développement.

Par ailleurs, Paris et Washington ont fait savoir à Joseph Kabila qu’après les sécurocrates de son régime les politiques pourraient à leur tour tomber sous le coup de sanctions internationales. Thomas Perriello n’a pas exclu des mesures contre le chef de l’État congolais lui-même.

Après l’entrée de Donald Trump à la Maison-Blanche, le 20 janvier, les États-Unis vont-ils faire volte-face ? « Je ne crois pas, pronostique Herman Cohen, l’ex-« Monsieur Afrique » de George Bush Senior. Les républicains du Congrès, notamment Ed Royce, qui préside une commission des affaires étrangères, poussent l’administration à alourdir les sanctions contre le gouvernement Kabila et vont conseiller à Trump de poursuivre la politique d’Obama. »

Mais Cohen ajoute : « En Afrique, je ne pense pas que Trump va beaucoup parler de bonne gouvernance ou de démocratie. Il va essayer de conclure des accords avec des hommes forts. » Dans le camp Kabila, nul doute que certains sont tentés de jouer la montre.

Christophe Boisbouvier
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