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Pendant que l’année 2017 court inexorablement vers sa fin, nous voici donc appelés à évaluer notre moisson politique, question de voir si nous réussirons à entreposer quelque chose dans le magasin de la démocratie congolaise. C’est un exercice répugnant, parce que nous savons déjà hélas que malgré nos efforts, nous ne cueillerons rien cette année, comme l’année passée.
Notre désarroi est d’autant plus hallucinant qu’il s’est doublé d’une prévision de moisson-zero pour l’année démocratique entrante, puisque, selon la Céni, il faudra attendre décembre 2018 pour finalement voir se tenir une partie des élections en RDC. Rien ne dit d’ailleurs qu’en septembre 2018 on ne viendra pas nous annoncer des difficultés techniques nécessitant 604 jours supplémentaires pour leur résolution, avant toute tenue d’élection. Un regard jeté rapidement sur les échéances électorales prévues dans le calendrier du 5 novembre laisse voir clairement des espaces de manipulation, à commencer par le scrutin prévu le 23 décembre, en plein congé de Noël. On pourrait aisément imaginer des contestations de vote dues à l’ébriété. Le climat relaxé des festivités de Noël se montrant propice à toute sorte d’holdup.

Le prophète qui nous apporte ces nouvelles toujours plus surprenantes, ce n’est rien de moins que Monsieur Corneille Nangaa, Président de la Commission électorale nationale indépendante. A l’écoute de son annonce, prononcée urbi et orbi dans une posture de défi, tout observateur de la démocratie congolaise ne pouvait que rester ahuri et contrarié. La démarche singulière du Président de la Céni nous amène en effet à poser sur la table, pour une énième fois, la question de la légitimité démocratique en RDC, foulée au pied à tous les niveaux. Que nous soyons rendus au point où c’est au Président de la Ceni qu’incombe le devoir d‘indiquer la date des élections, il faut bien que nous ayons eu la certitude de l’hibernation totale du peuple congolais et de tous ceux qui partout dans le monde luttent pour la justice. Une question surgit spontanée si non : de quelle légitimité démocratique jouit donc la Céni et de surcroît son Président, pour que ce dernier assume une si écrasante responsabilité ?
Une libre interprétation est laissée à ce sujet, comme il est tout à fait de notre liberté de nous faire une idée quelconque sur le Conseil Nationale de Suivi de l’Accord de la Saint Sylvestre, présidé aujourd’hui per Joseph Olenga Koy. Les accords de de la Saint Sylvestre, nous le savons, ont représenté pour la RDC, une issue de secours à travers laquelle les pouvoirs, en défaut de légitimité, ont pu se donner un minimum d’oxygène. Le rôle faîtier accordé à la CNSA aurait exigé qu’il se présente devant les citoyens congolais aujourd’hui pour nous fixer sur les horizons prochains des élections. Nous avons plutôt eu droit à une polémique de dernier banc entre son Président et le Premier Ministre Tshibala dont on dit ne disposer d’aucun droit de signature.

Quoi qu’il en soit, si nous ne mettrons certainement rien aux magasins de la démocratie congolaise, nous devons cependant tirer les leçons d’une année de glissement. Un glissement qui n’aurait jamais été accordé, comme nous le disions déjà le long de l’année 2016. C’est naturellement avec un pincement de cœur que nous allons devoir souligner quelques notions ici, qui pourront paraître diminuer les efforts des organisations de médiation qui se sont si fortement engagées pour la cause du peuple congolais. Je pense notamment à la Cenco qui doit avoir aujourd’hui, à juste titre, un sentiment d’amertume dérivant de la certitude d’avoir été fourvoyée par les hommes au pouvoir. Que non ! Nous apprécions aujourd’hui comme alors, les efforts de la Cenco, mais je pense que les éminents membres de la Cenco conviendront avec nous lorsque nous disons qu’à 10 mois de la signature des accords de la Saint Sylvestre, nous expérimentons tous une sensation d’échec.
Au regard de la morbidité des organes descendus des accords, notamment la CNSA et la Primature, il n’est pas faux de dire que la montagne a accouché d’une souris. Ceci invalide bien d’éléments qu’il convient de rappeler.

D’abord, l’institution ex-nihilo du dialogue. Nous avons eu droit à 2 versions : Celle autoréférentielle de la Cité de l’UA nous avait promis la date d’avril 2018 comme date des élections. Puis la deuxième version, plus inclusive, nous avait indiqué la fin de 2017 comme date butoir. La perspective de Décembre 2018 annoncée par Corneille Nangaa vient sonner le glas de ces accords et des dialogues, dont certaines éditions sont mortes dans l’œuf. Nous disions que c’était une mascarade, malheureusement nous avions raison de le dire.

Ensuite, nous aurons appris que le glissement est un incitatif pour plus de glissement ; tout comme l’illégitimité appelle à encore plus d’illégitimité. Le cercle vicieux des violations qui causent d’autres violations est enclanché depuis longtemps, et ceux des politiques qui, en violation des règles les plus simples de la démocratie, se sont engagés dans des accords trompeurs ont tous payé le prix immédiat. On n’en parle presque plus, mais le passage éclair de Samy Badibanga à la tête de la Primature congolaise a démontré le caractère impitoyable de l’instrumentalisation à Kinshasa. Le pouvoir en place a fait de la gestion des affaires publiques un jeu aux massacres, où les leaders politiques de tout bord, particulièrement friands de poste et des prérogatives qui s’y rattachent, subissent de pires épreuves d’aliénation et d’humiliation.

Qu’il est loin de nous l’époque des lettres de noblesse de la politique congolaise ; une époque où les politiciens du pays démontraient un si grand attachement à la probité et la gestion correcte des affaires publiques. Aujourd’hui, les préoccupations personnelles semblent avoir pris le dessus, de sorte que d’imminentes personnalités politiques évoquent des raisons purement individualistes pour maintenir leur place au Ministère, nonobstant l’intimation de leurs mandataires qui sont leurs chefs politiques. Vital Kamehre de l’Unc a dû sursauter lorsque sa tentative de faire démissionner Kangudia, qui siège au Gouvernement par son mandat, a suscité une réaction de résistance purement individualiste de ce dernier : « pourquoi seulement moi ? » s’est justement interrogé Kangudia. Si tout le monde est illégitime ici, pourquoi lui demanderait-on de faire le héros ?

C’est ainsi que la RDC de Kabila est devenue le terrain d’essaye du rafistolage politique, avec comme maîtres d’œuvres les thuriféraires du régime, engagés dans un prolongement infini du mandat populaire dont les délais de renouvellement sont largement dépassés. C’est un prolongement injuste et ils le savent très bien, parce qu’ils essayent en ceci de transformer la chose publique en chose privée. Et pour amoindrir l’objectivation protubérante de leurs forfaits, ils essayent d’appliquer le principe du « mal commun, bien commun », en nivelant d’en bas : Commune, Province, Parlement, Senat, Présidence de la République. C’est le paradigme pandémique de la corruption des mandats qui prévaut en RDC et avec lui, la consécration des empiètements, dans une arène politique où le cafouillage devient petit à petit la règle d’or. Tous les coups sont désormais permis, et la militarisation excessive des citées retenues résistantes démontre combien le pouvoir central de Kinshasa est désormais hanté par sa propre logique de violation et de violence.

Comment sortir de ce remue-ménage chaotique et rendre au peuple congolais sa prérogative de choisir ses nouveaux dirigeants ? Désormais, reconnaissons-le, on ne peut plus parcourir qu’une seule voie : l’installation d’un régime spécial, qui puisse vraiment organiser les élections, dans un délai beaucoup plus court. On a même de la peine à le redire, parce qu’en fait, le litige autour de la date des élections au Congo finit par occulter le vrai problème de l’illégitimité politique dans lequel vit le pays. Il faut organiser les élections très rapidement, parce que le souverain peuple congolais doit renouveler les mandats, y compris à ceux qui sont déjà au pouvoir s’ils en ont le mérite.

Les actuels gouvernants, qui ont terminé leurs mandats, sont appelés à passer de nouveau au crible des urnes s’ils veulent continuer à gouverner. Or, par excessifs atermoiements ou incapacité réelle, ils ont démontré de ne pas savoir organiser les élections et c’est pour cette raison qu’il faut passer la main, ne serait-ce qu’à un régime spécial, qui devrait prendre le pays en main, dans une démarche constituante.

Un régime spécial comme ce fut le cas au Burkina Faso, qui opère dans l’intérêt exclusif du peuple congolais et qui se tienne à l’écart lors du scrutin qu’il aura organisé, question de ne pas fausser le jeu démocratique. Naturellement, il faudrait pour cela que Joseph Kabila démissionne de ses fonctions de Président de la République, en toute conscience, et que la communauté internationale puisse jouer un rôle d’accompagnement, faisant du problème démocratique congolais une préoccupation légitimement universelle. Si ça avait été le Togo, nous aurions dit la même chose. La légitimité démocratique ne saurait être maltraitée. Sans elle, tout pouvoir est usurpé, confisqué.

Les plus de 500 partis politiques qui opèrent en RDC, y compris à plus forte raison le PPRD, devraient exiger une démarche de rupture, étant ces derniers les seules organisations de médiation politique reconnus dans le pays. Ce serait alors l’occasion de resolliciter les bons offices de la Cenco, pour que dans la certitude de l’impartialité et de l’équidistance, elle puisse favoriser la bonne conduite des négociations politiques qui devraient nécessairement ponctuées une telle période. La communauté internationale et le peuple congolais serait au premier rang des soutiens pour une si intéressante démarche refondatrice.
En attendant, le peuple congolais continuera à souffrir comme il l’a fait jusqu’ici, en espérant que les élections lui apportent finalement des leaders qui se soucient de son sort.
CP

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