*Banquier de renommée internationale, le congolais Noël Tshiani Muadiamvita s’est confié en La Prospérité. Dans une interview inédite, il s’exprime, sans ambages. Ce, notamment, sur le dialogue politique national inclusif convoqué par Kinshasa, sa possible candidature à la présidentielle de 2016, sa vision économique apte à développer la RDC et, ses vœux, les meilleurs pour le Congo-Kinshasa pour cette nouvelle année. Aux prises avec les fins limiers de la Prospérité, l’homme estime que le dialogue en gestation ne répond pas aux exigences. Ainsi, peu si pas aucun acteur de l’opposition, au final, n’acceptera, véritablement d’y prendre part. Des préalables majeurs, dont la place du facilitateur international à ce forum, doivent être requalifiés et, respectés pour que l’opposition, la vraie, puissent souscrire à ce forum impérieux. Sinon, ce dernier ne sera que des concertations bis. En ces périodes de festivités, il appelle les acteurs politiques de tous clivages et ceux de la société civile à méditer. ‘’ Je souhaite à tous nos compatriotes de la majorité, de l'opposition et de la société civile un temps de méditation afin que tous entament la nouvelle année avec la ferme résolution de transcender nos divergences afin de remettre la RDC, notre patrimoine commun, sur la voie de la paix et du développement durable ‘’, dixit Noël Tshiani. Dit çà et là, candidat à la présidentielle de 2016, il clique, cependant, sur le clavier de la tempérance. ‘’ Pour ce qui est de ma candidature aux élections présidentielles, j'y travaille… Ma décision sera annoncée ‘’, lance-t-il. Chevronné d’économie, il s’est adonné, avec une concision et clarté singulière, à l’explication de sa vision dit ‘’Plan Marshall pour la RDC ‘’. Dans les lignes qui suivent, lire l’intégralité de ladite interview.

La Prospérité : Bonjour Monsieur TSHIANI.

Noël Tshiani : Bonjour Monsieur Ngubaa !

La Pros. : Que pensez-vous du dialogue national inclusif convoqué ? Et, par ailleurs, êtes-vous prêt à y prendre part ?

N.T : Le dialogue tel que convoqué actuellement ne répond pas aux exigences des uns et des autres. Pour aller au dialogue, même ceux qui sont des pro-dialogue exigent une facilitation Internationale qui s'occupera de consulter les camps en présence afin de mettre en place un comite préparatoire du dialogue et d'élaborer l'ordre du jour et déterminer les modalités pratiques de l'organisation: le nombre des participants, le lieu de la rencontre, les sujets de discussion, l'ordre du jour, le règlement d'ordre intérieur et la nature contraignante des conclusions du dialogue ainsi que les mécanismes de leur mise en œuvre après le dialogue. Pour l'instant, tous les camps doivent donc attendre la désignation du facilitateur international par le Secrétaire General de l'ONU avant de passer à l'étape suivante. Si ces préalables sont réunis, je serais prêt à participer au même titre que mes autres compatriotes partageant les mêmes convictions.

La Pros. : Si élection présidentielle il y a, seriez-vous candidat ?

N.T : Pour ce qui est de ma candidature à l’élection présidentielle, j'y travaille avec beaucoup d'autres compatriotes qui partagent la même vision de développement de la RDC que moi. Ces discussions vont au-delà d'un parti politique. Ma décision sera annoncée en connaissance de cause après que ces consultations soient menées avec diligence.

La Pros. : Parlons de votre vision, le plan Marshall. Pouvez-vous, en quelques lignes, l’expliciter ?

N.T : A propos du Plan Marshall pour la RDC, il faut dire que depuis son accession à l'indépendance, la République démocratique du Congo (RDC) a vécu de longues années d'instabilité politique permanente, de mal-gouvernance et de stagnation économique. La situation économique et sociale qui en résulte est catastrophique : le taux de chômage avoisine 80% de la population active ; et le pays est surendetté et incapable de faire face à ses obligations nationales et internationales. Le pays est classé à l’avant-dernière position d’après l’Indice de développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement. Le modèle de développement poursuivi depuis 1960 a donc échoué. Avec un PIB par habitant de 394 $ US en 2015, la RDC est le pays le plus pauvre du monde avec plus de deux tiers de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté de 1,25 dollar par jour. Le pays ne peut pas assurer une bonne scolarisation ni une couverture sanitaire adéquate à sa population. Seulement 10% de la population a accès à l’eau potable et à l’électricité, et ce, essentiellement dans les milieux urbains. La majorité de la population vivant dans les milieux ruraux est abandonnée à son triste sort. Les infrastructures de base (routes, ports, aéroports, chemins de fer, hôpitaux, écoles, et marchés publics) sont très peu développées. L’insécurité est ressentie sur l’ensemble du territoire national. Les libertés individuelles sont bafouées et les droits humains ne sont pas respectés. Il n’existe ni une justice indépendante ni une administration publique fonctionnelle. La démocratie n’existe que de façade. Les conditions préalables au développement durable ne sont pas réunies alors que ce pays de 79,4 millions d’habitants regorge d’importantes ressources naturelles : 1.100 minerais et métaux précieux différents d’une valeur estimée à 24.000 milliards de dollars ; 120 millions d’hectares de terres arables ; 135 millions d’hectares de forêts ; 100.000 mégawatts de potentiel d’énergie hydro-électrique, de sources diverses d’énergie renouvelable (solaire, biomasse, géothermie, charbon, nucléaire, et gaz méthane) et de ressources énormes de pèche et d’élevage. La corruption est endémique et même banalisée dans tous les sphères de la vie nationale. Transparency International classe la RDC parmi les pays les plus corrompus de la planète. Le Panel des experts africains dirigé par Thabo Mbeki estime que 85 % des ressources naturelles de la RDC n’entrent pas dans le budget national, mais plutôt dans des poches des particuliers. Le budget annuel de 9 milliards de dollars n’est donc qu’une petite fraction de ce qu’il aurait pu être dans un environnement sans corruption. Il est très important que la population congolaise et les futures dirigeants prennent conscience de la gravité de l’échec du modèle de développement suivi jusqu’à ce jour. Ma proposition d’un « plan Marshall pour la RDC » est une nouvelle vision du développement qui s’échelonnera sur 15 ans. Je ne propose pas des réformes cosmétiques habituelles qui laissent les problèmes intacts et font l’éloge d’une croissance économique sans impact réel sur le vécu quotidien de la population. Ma proposition vise à transformer fondamentalement la société afin de créer des opportunités pour que toute la population congolaise sans exclusion puisse elle-même se prendre en charge définitivement. Mon Plan pour la RDC s’articule autour de huit piliers : (1) investir dans les ressources humaines en mettant l’accent sur l’éducation, la santé et l’autosuffisance alimentaire ; (2) promouvoir la paix, la sécurité, l’État de droit et la démocratie ; (3) promouvoir l’émergence de la finance nationale ; (4) promouvoir l’émergence d’un secteur privé national responsable ; (5) favoriser la réalisation de grands travaux d’infrastructures à haute intensité de main-d’œuvre ; (6) favoriser et accélérer l’industrialisation du pays par la transformation locale des minerais, la mécanisation de l’agriculture, de l’élevage et de la pèche, la mise en valeur planifiée et ordonnée des forêts, et l’éclosion du secteur tertiaire, y inclus le tourisme ; (7) créer des synergies entre le marché intérieur et l’intégration régionale ; et enfin (8) mobiliser les ressources humaines et financières pour mettre en œuvre les différents piliers du plan. La stratégie reposera sur le secteur privé comme principal moteur de la croissance et est fondée sur le libéralisme à visage humain avec une dose raisonnable de l’interventionnisme étatique.

Le pays mobilisera les Congolais de l’intérieur et de la diaspora pour la mise en œuvre de cette vision de développement ayant une forte appropriation nationale. Il fera appel à l’expertise internationale quand cela est nécessaire. Il est important de noter le coût total pour la mise en œuvre de ce «Plan Marshall» : 800 milliards $ US sur 15 ans. Ce montant très important, pourra être mobilisé sur une combinaison des ressources intérieures, des contributions des bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux ainsi que du secteur privé sous forme d’investissements directs étrangers. Les éléments importants pour la réussite de la mobilisation de ressources financières sont le leadership politique qui doit être crédible et à la hauteur des ambitions de développement du pays, la bonne gouvernance pour s’assurer que les ressources publiques sont utilisées de façon efficiente, les politiques économiques et sociales saines, la lutte sans merci contre la corruption, des institutions stables et, enfin, la paix et la sécurité sur l’ensemble du territoire national. Ma vision est certes ambitieuse, mais réalisable dans un environnement national démocratique nouveau impulsé par «La Force du Changement» qui doit animer chacun de nous. Si nous éradiquons la corruption, l’impunité et toutes sortes d’antivaleurs ; mettons en place un État de droit fonctionnel et améliorons la gouvernance sous un leadership visionnaire, compétent, responsable et intègre, l’État aura des moyens suffisants pour se doter d’un budget annuel d’au moins 72 milliards de dollars à la grandeur du pays pour implémenter cette vision de développement permettant d’atteindre le plein emploi et d’augmenter le PIB par habitant actuellement de 394 $ US à 15.000 $ US dans 15 ans. Il est enfin temps que la gestion de la RDC par la force des armes s’arrête pour laisser place à la gouvernance par intelligence. Je refuse d’entreprendre des réformes cosmétiques habituelles qui ne changent pas réellement la situation catastrophique de mon pays. Sans démagogie, ce plan offre aux grands maux, les grands remèdes.

La Pros. : Quels sont vos vœux pour la RDC pour cette nouvelle année ?

N.T : Pour l'Année 2016, mes vœux sont que l'alternance démocratique se passe dans la paix, de façon civilisée et sans effusion de sang. Trop de sang a déjà coulé dans notre pays, une goute additionnelle de sang sera de trop. Je souhaite à tous nos compatriotes de la majorité, de l'opposition et de la société civile un temps de méditation afin que tous entament la nouvelle année avec la ferme résolution de transcender nos divergences afin de remettre la RDC, notre patrimoine commun, sur la voie de la paix et du développement durable. J'y crois et reste optimiste car l'impossible n'est pas congolais.

Propos recueillis par Danny Ngubaa
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