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Enfin, mieux vaut tard que jamais. Le Premier ministre Bruno Tshibala Nzenzhe dépêche dans le Kwilu-Kwango six membres de son Gouvernement. Joseph Kapika Ndji Kanku Wu Mukumadi, Amy Ambatobe Nyongolo, Georges Kazadi Kabongo, Daniel Yéréyéré Paluku Kisaka, Guy Mikulu Pombo et Basile Olongo Pongo, respectivement ministres de l’Economie, de l’Environnement, de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Élevage, des Affaires coutumières et vice-ministre de l’Intérieur et Sécurité. Objet de la mission: «s’assurer de l’état de santé du bétail et régler les problèmes de cohabitation entre éleveurs». Durée de la mission: 7 jours, du 19 au 25 février. C’est signe que «l’affaire» des zébus des Banyamulenge arrivés dans le Bandundu est prise désormais en charge par l’Etat. Qui s’en plaindrait alors que la rumeur s’enfle dangereusement et la psychose passe à l’hallucination?

Psychose. Il n’y a pas un mot plus précis pour exprimer le vent qui souffle présentement sur les provinces de l’ex-Bandundu, sur le pays, dans certains médias dont les réseaux sociaux. Même la Belge Colette Breackman, le plus sérieusement du monde, depuis Bruxelles, Capitale de l’UE et de l’OTAN, peut écrire: «Le défilé des Zébus venus de l’Est pourrait avoir d’autres finalités encore; lourdement armés, les pasteurs-guerriers pourraient s’en servir pour se rapprocher de Kinshasa (une tactique déjà utilisée au moment de la chute de Mobutu en 1997 lorsque la capitale avait été infiltrée par des nuées des pseudo-mendiants qui se sont avérés des militaires déguisés. A cela s’ajoute le fait qu’à Bangui, la capitale centrafricaine, la rive du fleuve Ubangi qui marque la frontière avec la RDC est désormais occupée par des casques bleus rwandais de la MONUSCO (MINUSCA, ndlr). Ces militaires aguerris protègent le président centrafricain Touadéra, surveillent étroitement le voisin d’en face et disposent des bateaux rapides. Ils pourraient, si nécessaire, aisément gagner Kinshasa».
Psychose: «Formes sévères d’un trouble psychiatrique durant lesquelles peuvent survenir délires, hallucinations, violences irrépressibles ou encore une perception distordue de la réalité. Toute expérience délirante ou aberrante exprimée dans les mécanismes complexes et catatoniques de la schizophrénie et du trouble bipolaire», indiquent les dictionnaires.

OU EST LA VERITE? OU EST LE MENSONGE?
Dans la marche vers l’Ouest de ces «bovidés venus de l’Est», où est la vérité, où est l’hallucination?
Un notable de l’ex-Bandundu parle d’avions C130 américains qui auraient transporté depuis l’Ouganda voisin et déchargé sur une piste à Bukanga Lonzo ces vaches! Sauf que le parc agro-industriel de Bukanga Lonzo est à 2 h00’ de Kinshasa quand la cité de Masimanimba est située à 4 heures de la Capitale. A moins d’hypothèse de plusieurs vagues de bovidés dont certains venus par des avions cargo!
D’autres rumeurs parlent d’armes de guerre qu’on a trouvées dans le ventre de ces bovins ou qui dissimulent des militaires… rwandais sinon de vaches empoisonnées dont la consommation conduit à une mort certaine. En clair, une extermination planifiée des Congolais en vue de préparer une nouvelle invasion et donc l’occupation rwandaise du pays! Déjà que des soldats des FARDC ont été tués par l’armée rwandaise et leurs corps exposés remis aux autorités congolaises! De là méfiance, hostilité et haine qui s’installent et la vache «rwandaise» refoulée …
Sur le marché de Kinshasa et du Bandundu, la viande de vache ne s’écoule plus comme d’ordinaire et les consommateurs potentiels exigent qu’à côté des parties de viande destinées à la vente, le boucher expose la tête de vache pour attester l’origine de la viande!
C’est le propre de toute rumeur. Telle la plus célèbre, la «rumeur d’Orléans», du nom de la ville française du Loiret. Apparue en avril 1969, cette rumeur «faisait entendre que les cabines d’essayage de plusieurs magasins de lingerie féminine d’Orléans, tenus par des juifs, étaient en fait des pièges pour les clientes, qui y auraient été endormies par injections hypodermiques et enlevées pour être livrées à un réseau de prostitution («traite des Blanches»). Elle prit parfois un tour rocambolesque lorsqu’on prétendit que des clientes disparues étaient prises en charge par un sous-marin remontant la Loire.
Cette version n’a été rapportée que par un seul témoin, mais recopiée dans presque toutes les gloses sur le sujet».
Quant à ces bovidés «venus de l’Est» (zébus, africander, bossmara, des vaches laitières) contrairerement à la race locale Ndama développée par le Belge Jules Van Lancker, en attendant une communication officielle qui tarde, on en est à des questions. Pourquoi des vaches parcourent-elles plus de 2.000 kms et passent 4 à 7 mois de traversée, selon les experts? N’existe-t-il pas un moyen de transport plus adéquat qui respecterait la bête et l’écosystème? A l’arrivée, dans quel état sanitaire peuvent-elles se trouver? N’y a-t-il pas cas de maltraitance? Les terres de l’Ouest notamment du Bandundu sont-elles adaptées à cet élevage - à quelles conditions? - quand on voit l’état actuel de ces bêtes?
Que faire des terres ravagées par ces bêtes voraces qui dévorent jusqu’à 2ha chacune et par an et des sources d’eau que ces bêtes qui pèsent une tonne chacune, partagent avec les habitants en dévorant au moins 50 litres d’eau par jour?
T. MATOTU.

Ces vaches de la discorde
Au cœur du Bandundu, entre Masimanimba et Kenge, une saga politico-économique se joue entre politiciens et hommes d’affaires sur fond de tensions communautaires et de xénophobie anti-rwandaise. Enquête.

MASIMANIMBA.
Au commencement, une histoire banale. Tout commence un 12 février 2018 à l’Hôtel du Gouvernement, à Kinshasa. Un groupe d’hommes pose aux côtés du Premier ministre Bruno Tshibala Nzenzhe, toujours aussi jovial, arborant ses zouaves lunettes fumées. L’un d’eux, le Premier ministre honoraire Adolphe Muzito Fumunzi qui se veut l’héritier de Antoine Gizenga, dirige la délégation visiteuse de la Primature. Des sauveurs du Kwango-Kwilu, se présentent-ils sans toutefois le dire. Avec leur meneur, ils vont contribuer à lancer l’une des polémiques que seul le Congo a le secret de production: des vaches venues du Rwanda qui tenteraient d’envahir la province nationaliste de l’Ouest du Congo.
Des rumeurs colportées sur les réseaux sociaux affirment alors qu’Adolphe Muzito, qui s’est rendu sur le terrain, à un certain secteur nommé Kitoy - ira jusqu’à affirmer que l’ampleur de la situation dépasse un simple fait de société, rapprochant l’affaire à une invasion rwandaise qui hante la psychose populaire dans ce pays en crise. «Cette affaire devient dangereuse. Il vaut mieux ne plus se mêler à cela, Car c’est le Président (de la République) lui-même qui orchestre le tout. On peut disparaître de ce monde au sens propre. Laissons Kin-kiey se battre…», aurait-il confié à des proches. La confidence sera fermement démentie par l’intéressé. Il affirme n’avoir jamais dit cela.
Trop tard! Twitter et les réseaux sociaux s’enflamment. L’accusé, Tryphon Kin-kiey Mulumba, élu et réélu national de Masimbanimba, à seulement 60 km du fameux Kitoy - qui n’est autre que l’un des fiefs de ce cadre et membre du Bureau politique de la Majorité au pouvoir - est présenté comme le parfait commanditaire: l’homme n’est-il pas un ancien du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), cette rébellion pro-rwandaise qui a tant meurtri le pays, lui collant une image du parfait serviteur d’un pays qui n’a jamais caché ses ambitions d’envahir le grand Congo?
Dans le même box des accusés, puisqu’Adolphe Muzito n’aurait pas été pingre : le président Joseph Kabila Kabange et tout son pouvoir, qui doivent se défaire de toute sorte de théories complotistes, les mettant au service du Rwanda.

VERS MASIMANIMBA.
De quoi porter l’affaire à une pondération où, jusqu’en Belgique, des confrères annoncent l’apocalypse, l’arrivée imminente d’envahisseurs, qui seraient déposés par avions militaires américains dans le Bandundu, avec l’idée d’une vaste opération que d’autres forces rwandaises d’élite rejoindront.
Le 17 février, Tryphon Kin-kiey Mulumba décide de répliquer, mettant cap vers son fief, en y incorporant plusieurs équipes de journalistes pour une «contre-enquête» visant certes à le laver et de répondre à ses «rivaux politiques».
Car en effet, Adolphe Muzito, qui a longtemps fait alliance avec le pouvoir du président Kabila, tente de se refaire, en prévision des élections, une santé au sein de son Parti des Lumumbistes Unifiés (PALU) d’où il avait été un moment exclu; qui est désormais en union libre avec la Majorité Présidentielle. Pour la petite histoire, après avoir composé avec Joseph Kabila, le PALU, pendant que la crise politique grimpe au Congo, annonce de plus en plus sa détermination à présenter un candidat Président de la République. Cependant, au sein d’un parti dont le leader historique, l’indéboulonnable Gizenga, tend vers sa fin paisible, une guerre béante de succession est déclarée entre l’héritier attitré Lugi Gizenga et l’ex-Premier ministre Muzito. L’occasion est donc soubrette pour s’offrir un Kabiliste – et lequel ? - sur un dossier aussi imaginaire que sulfureux, y incorporant l’ennemi juré de l’Est: le Rwanda.
« J’agi en tant qu’un fils du peuple, élu de Masimanimba et enfant du coin», se dédouane néanmoins Tryphon Kin-kiey Mulumba. Il n’empêche! L’affaire reste politique. Elle devient même cruciale et sécuritaire.
POLITICO.CD et un convoi de véhicules prend la chaussée à Kinshasa, sous une intense pluie, en direction de Masimanimba. Pas moins de 370 km sur cette nationale n°1 à peine réfectionnée, que l’on taillera en cinq heures. «Avant, on faisait 12 heures au volant d’un bon 4x4 sur ce tronçon voire plusieurs jours à bord d’un autre véhicule. A présent, je glisse sur cette chaussée qui reste une des plus grandes réussites de notre action au service du peuple», commente le chauffeur de circonstance, notre hôte, l’élu national Kin-kiey.
Près de Kenge, nous voilà plongés dans le vif du sujet: notre premier contact avec un groupe d’une vingtaine de troupeaux; des zébus visiblement, une race non-originaire de cette région spécialisée dans l’espèce Ndama, comme nous l’expliqueront plus tard des experts. A Bakali, une célèbre et paisible rivière, deux kilomètres après Kenge, on tombe subitement, longeant cette magnifique pleine de Kwango, sur un cas qui illustre alors l’ampleur de cette crise: plus de 200 bovins encerclés par une population en furie. «Nous n’en voulons pas, qu’ils rentrent chez au Rwanda», lancent certains à deux éleveurs sveltes, à l’image de ces troubleaux amaigris par le long voyage qui laisse des traces indélébiles. Ils ne passeront pas, ces hommes et leurs troupeaux, qui affirment «être des Congolais» en provenance de Minembwe, dans le Sud-Kivu, qui vont être obligés de rebourser chemin.
«Bakala ya Ngolo» est là (célèbre surnom attribué à Kin-kiey, ndlr)», lance un jeune-homme en Kikongo. Très vite, Kin-kiey est encerclé à son tour par des riverains.
On pouvait bien facilement lire dans leurs regards la colère, mais aussi une assurance certaine de trouver solution.
«Nous voulons des réponses claires», lui disent-ils certains. «Je suis venu ici pour comprendre», répond l’élu national, avant d’expliquer à ceux qui voient «les Rwandais» partout, que l’on peut être «Congolais sans parler Lingala» et à un autre que «le Chef de l’Etat ne saurait se mêler de ce commerce». Car avant tout, et après une vingtaine de minutes d’échanges francs, l’origine et la nationalité de ces «éleveurs» restent un total mystère à la base de cette gigantesque inquiétude nationale à suspicions.
Mais en réalité, qu’en est-il vraiment de cette histoire? 24 heures ont suffi à apporter d’importantes réponses sur l’affaire nationale. Et elles partent dans un sens beaucoup plus inattendu.

KIMBUNDA ET MABAYA.
Sur place à Masimanimba, c’est une série de consultations auprès des responsables de la ville, notamment l’administrateur du territoire, le chef de la police, le commandant des FARDC et le vétérinaire territorial éclairent les choses. Cependant, deux notables de cette ville s’affichent déjà comme deux premiers fils conducteurs d’une banale opportunité commerciale aux répercussions inattendues.
En effet, Jean Kimbunda Mudikela, ancien gouverneur de Kinshasa et député national (Majorité au pouvoir) et le sénateur caissier du bureau de la chambra haute, le richissime opposant questeur, propriétaire d’une chaine d’hôtels dans le Kwilu et de bateaux dans le Kongo Central, Jean Philibert Mabaya Gizi Amine, ancien DG de l’ex-ONATRA (SCTP) sont les deux premiers notables locaux à se lancer dans cette filière importatrice de bovins dans l’ex-Bandundu depuis 2015. «Ces vaches, après les avoir achetées à la Pastorale du Haut-Lomami, qui est une entreprise de référence dans notre pays en matière d’élevage et qui se situe au niveau de Kamina, avec plus de 25.000 têtes, ont été acheminées à Masimanimba», confirme l’ex-gouverneur, joint au téléphone par POLITICO.CD. Pour lui, il s’agit surtout d’une opportunité d’affaires conséquente. «D’autant plus que nous n’avions pas ce genre de races chez nous», ajoute-t-il. Le richissime sénateur Mabaya a, de son côté, acheté «quelques têtes».
Cependant, le député honoraire Moussa Kalema, ancien PCA de l’OCC (Office Congolais de Conterôle) dans un message consulté par POLITICO.CD, dément cette information, confirmant «une invasion des Mbororo» à travers des vaches.
Le dimanche 18 février 2018, un enregistrement fait surface à Masimanimba. Ecouté par POLITICO.CD, il porte la voix d’un homme, Muhivwa Godefroid qui se présente comme le député honoraire basé à Bukavu, Est de la RDC. L’homme affirme être, avec son frère, les propriétaires des fameuses vaches à polémique.
«Nous avons décidé de prospecter le pays pour trouver des nouvelles opportunités commerciales, en envoyant ces vaches dans le Bandundu. Nous voulons simplement trouver des nouveaux clients et commercialiser entre Congolais», plaide-t-il.
«Il faut arrêter cette histoire des Rwandais. Nous sommes des Congolais, les frères du Bandundu sont nos frères. Nous exportons ces vaches partout dans plusieurs coins du pays, et pourquoi nos frères de l’ouest ne peuvent-ils pas commercialiser avec nous ?» interroge-t-il.

DES BANYAMUELENGE.
C’est un membre et notable très connu du groupe «Banyamulenge», littéralement «ceux qui viennent de Mulenge» (une montagne d’Itombwe), qui sont un groupe rwandophone vivant dans l’Est du Congo. Ils se retrouvent essentiellement dans les provinces du Sud-Kivu et Nord-Kivu, dans la zone proche de la frontière avec le Burundi. Au pays, on voit souvent en eux des alliés du Rwanda et donc des traîtres potentiels ou avérés.
Dans son message, M. Muhivwa Godefroid affirme que toutes les dispositions sont prises pour « faire les choses dans les normes ». Il note par exemple qu’une prise de contacts avec les autorités locales, notamment des chefs coutumiers et des autorités administratives pour harmoniser ce commerce, a été entamée.
Hélas, rien n’est réellement fait dans ce cens, en témoignent nos investigations sur le terrain. Les vaches, constate-t-on, arrivent en divagation, avec des bouviers qui ont pour mission de les vendre de « gré à gré ». Ils commercent ainsi en cours de route, tout en utilisant les ressources locales pour maintenir les bêtes en forme, les nourrir et les entretenir.
La mission catholique de Ngondi, qui dispose de plusieurs kraals dans la région et d’un espace de pâturage adapté, a accueilli un lot de ces bêtes sur ses terres en août dernier. Selon le père Belge SVD responsable de ce centre, des centaines de vaches ont été accueillies de manière «humanitaire» dans les installations de la paroisse, le temps de soigner plusieurs d’entre-elles qui commençaient à tomber malade. D’autres, explique-t-il, mettaient déjà bas et il fallait garder un moment les petits avant qu’ils ne poursuivent leur chemin.
«Nous les avons hébergés pendant un moment durant le mois d’août 2017. Plusieurs tombaient malades et manquaient de traitement adéquat », explique un autre frère de cette mission catholique sous le sceau de l’anonymat.
A POLITICO.CD, ce jeune frère catholique révèle le nom du propriétaire de ces vaches, également un homme clé de toute cette aventure, puisque c’est lui qui, d’après plusieurs sources, envoie la quasi-totalité des vaches errant actuellement dans le Bandundu. « Gad Mukiza, qui est le propriétaire de ces vaches est venu ici, avec des produits pour les traiter. Il a séjourné ici pendant plus de cinq jours. On lui a fait savoir qu’il ne pouvait plus stocker ses bêtes ici à Ngondi. C’est alors qu’ils sont repartis », relève-t-il. Gad Mukiza est le président des éleveurs de la Tanganyika, sud-est du pays.

ELLES DEVASTENT.
En quittant Ngondi, ces « vaches venues de l’Est » entrent en divagation, au point de créer une véritable colère au sein de la population locale. Ce qui explique en grande partie la colère ressentie ici dans le Kwilu.
Par ailleurs, les terres du Bandundu ne sont adaptées pour les races Zébus, Afrikaners ou le Bonsmara. «Nous n’avons pas des telles races, car elles consomment énormément d’herbe et boivent une quantité d’eau immesurable», explique le «ministre» territorial de l’Agriculture, le vétérinaire Romain Gudalabuna.
Ces réalités sont vécues dans les fermes du député Kimbunda basées dans le secteur de Kitoy. Sur ces terres sèches, les bêtes venues de l’Est peinent à survivre, beaucoup ont été abattues, mortes de diverses maladies. «Nous avons enterré plus de vingt. Il y a une carence de pâturage, mais ces bêtes ne supportent pas aussi certaines maladies comme les nôtres, de la race Ndama», explique le vétérinaire du Kraal basé à Kitoy.
Et pourtant, des centaines de vaches sont en divagation à travers le Bandundu, sur fond de tensions ethnique. A Lunza, toujours non loin de Masimanimba, le village est en émoi. Pour cause, le chef a « vendu », en échange d’une vache, aux éléveurs venus de l’Est, le droit de stocker le bétail sur ses terres pendant un an. Cependant, face aux dégâts occasionnés par ces bêtes, dont plusieurs habitants se plaignent, le chef du village veut rompre le contrat.
«Cet Alex doit ajouter une nouvelle vache pour compenser les dégâts ou déguerpir avec ses vaches», explique-t-il devant l’assemblée réunie à l’occasion du passage du ministre honoraire Kin-kiey. Alex Sanza qui se présente comme un ressortissant congolais du groupe Banyamulenge, originaire, dit-il, du Sud-Kivu et vétérinaire de formation, est le bouvier qui a conclu ce contrat soporifique.
Il explique n’être qu’un commerçant motivé par ce nouveau et fructueux marché. « Avant, nous allions vendre nos vaches à Tshikapa, mais depuis les événements de Kamuina Nsapu, nous avons décidé de chercher d’autres nouveaux marchés et Bandundu nous a offert des opportunités énormes», explique-t-il.
Sanza est entouré par une meute de villageois qui n’en veulent plus. Certains ici le qualifie de «Rwandais», «sa morphologie n’est pas celle des Congolais», disent-il. Ce à quoi s’oppose farouchement l’élu de la circonscription, Tryphon Kin-kiey. «Le Congo est un grand pays qui a plusieurs groupes ethniques. Ce n’est pas parce qu’il parle Swahili qu’il ne peut pas être Congolais. Vous, qui parlez le Kikongo, si je vous amène à l’Est du pays, seriez-vous capables de parler le Swahili? », interroge-t-il à la foule visiblement convaincue.

A CIEL OUVERT.
Certes, la situation paraît bien simple. Car, s’il ne s’agit que d’une affaire de vaches, cette ruée soulève bien de questions politico-sécuritaires. Tout porte à croire qu’il s’agit d’une opération de migration bien orchestrée. L’Est du Congo étant une zone de plus en plus compliquée pour les Banyamulenge, l’Ouest pourrait constituer, pour eux, une zone à occuper, les mettant définitivement en sécurité, loin du Rwanda dont ils sont toujours affiliés.
Dans l’ex-Bandundu, cette incroyable affaire de vaches démontre autant une absence totale de la régulation de l’Etat. Ces bêtes en divagation depuis l’Est sont déplacées par la seule volonté de leurs propriétaires qui, parfois, utilisent leurs positions au sein du système politique pour se soustraire aux contrôles, dans l’absence totale d’un encadrement de l’Etat.
Les commerçants locaux, qui les achètent sans coordination des autorités locales, les stockent sur des pâturages non adaptés.
Michel Balabala, gouverneur du Kwilu, a, à en croire des sources, instruit les chefs des terres à ne pas vendre des espaces à ces commerçants de l’Est, dans l’idée de préserver l’écosystème du Kwilu.
L’avenir de vaches ne s’arrête pourtant pas là. Elle continue, alors que d’autres convergent vers Kinshasa, là où des « dignitaires » s’impatientent pour acheter. Si le Kwilu est sous le projecteur grâce à des rumeurs, plusieurs autres marchés non règlementés continuent leur chemin à travers le pays, avec des risques de conflits et dégradation de l’écosystème.
LITSANI CHOUKRAN.
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