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La décision du président Joseph Kabila de respecter la Constitution en ne se représentant pas constitue une première encourageante dans l’histoire violente de la République démocratique du Congo, mais ne garantit pas un « transfert pacifique » du pouvoir, qui serait inédit, lors des élections du 23 décembre.

L’ensemble des organisations et pays impliqués dans la crise congolaise se sont félicités que le président ait « tenu son engagement de respecter la Constitution ».

L’engagement « de tous les acteurs congolais » pour des élections avant la fin de l’année « renforcera la stabilité et la prospérité de la RDC et de toute la région », ajoutent les Nations unies, l’Union africaine, l’Union européenne, les Etats-Unis, la Suisse et le Canada dans un communiqué commun.

Le président français Emmanuel Macron a même rendu hommage « à l’action du président Kabila pour l’unité et l’intégrité de la RDC ».

« Il s’est passé quelque chose. Lâcher le pouvoir, c’est prendre des risques en Afrique centrale. Au Cameroun, Paul Biya se représente à 85 ans après 36 ans de pouvoir », commente une source diplomatique à Kinshasa.

« Les messages des pays africains ont été plus entendus que les sanctions européennes », selon cette source, qui salue le rôle du président de la Commission de l’Union africaine (UA), le Tchadien Moussa Faki Mahamat, du président angolais Joao Lourenço et du chef d’Etat sud-africain Cyril Ramaphosa, attendu à Kinshasa.

Le candidat de M. Kabila, l’ex-ministre de l’Intérieur Emmanuel Ramazani Shadary, est lui-même sous le coup de sanctions de l’Union européenne (UE) depuis avril 2017 pour atteinte aux droits de l’homme. « On ne va pas en reparler. On est déjà assez content que Kabila ne se représente pas. Et on ne maintiendra pas des sanctions contre un président Ramazani Shadary élu dans des conditions correctes », avance cette source européenne.

« Le retrait de Kabila devrait éviter la menace d’importantes sanctions américaines, qui auraient compliqué la tâche des entreprises occidentales dans le pays », ajoute la société d’évaluation des risques Verisk Maplecroft.

En RDC même, les pressions étaient fortes sur M. Kabila et sa décision fait baisser la tension d’un cran. Des catholiques ont annoncé jeudi soir le report d’une mobilisation qu’ils annonçaient de dimanche à mardi.

Le comité laïc de coordination (CLC) veut « faire preuve de bonne foi et encourager le chef de l’Etat » pour des « élections crédibles, inclusives, apaisées, transparentes ».

– Candidat idéal –

La répression sanglante de trois marches en début d’année – une quinzaine de morts – avait braqué l’influente conférence épiscopale contre M. Kabila. « Notre candidat est catholique pratiquant », a insisté le porte-parole du gouvernement en présentant M. Ramazani Shadary. Les catholiques représentent 40% des quelque 80 millions de Congolais.

D’après son entourage, le choix de M. Kabila est aussi le résultat de concertations avec sa coalition du Front commun pour le Congo (FCC). « Le président a estimé qu’il ne fallait pas prendre un militaire ni un Katangais », selon une source du palais.

« Sécurocrate » sans pour autant venir du coeur de l’appareil sécuritaire, originaire de la petite province du Maniema dans l’est swahilophone sans être du Katanga, M. Ramazani Shadary cochait les bonnes cases, en plus de sa fidélité, de son zèle et de sa loyauté qui lui ont valu de prendre en février la tête du parti présidentiel PPRD.

Des experts spéculent sur de possibles divisions au sein de la majorité présidentielle, au sein de laquelle M. Kabila devrait pourtant continuer à peser de tout son poids.

Le président congolais a brutalement hérité du pouvoir en 2001 à 29 ans à l’assassinat de son père, auquel il a succédé, avant de se faire élire deux fois en 2006 et 2011.

A 47 ans, il est encore le plus jeune chef d’Etat africain après 17 ans aux affaires. Il deviendra sénateur à vie s’il quitte le pouvoir selon la Constitution. Et sans doute aussi président du PPRD, selon une réforme des statuts du parti.

– « Tirer les ficelles » –

Votée récemment, une loi sur le statut des anciens chefs de l’Etat ne concerne pour l’instant que lui-même, avec son lot d’amnistie et de privilèges.

Bref, le président Kabila « va très certainement continuer de tirer les ficelles en coulisses », selon Verisk Maplecroft.

Avec son retrait annoncé le jour même de la date-limite du dépôt des candidatures, le calendrier électoral continue de respecter au jour près toutes ses grandes étapes.

Dans le même temps, les polémiques enflent à l’approche du 23 décembre: machine à voter, contestation du fichier électoral, l’opposant Moïse Katumbi empêché de se présenter…

La RDC s’est par ailleurs engagée à financer seule ses élections – scrutin présidentiel et législatives – pour un coût de 500 millions de dollars, 10% du budget de l’Etat pour 2018.

« Il n’y a aucune garantie que les élections aient lieu et si elles ont lieu, qu’elles répondront aux critères minimum de crédibilité », avance Hans Hoebeke, analyste pour l’ONG Crisis group.

La présidentielle a déjà été reportée deux fois depuis la fin du deuxième et dernier mandat du président Kabila, le 20 décembre 2016.

AFP
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