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Loi électorale, machine à voter, formation des agents de la CENI… rien n’échappe à cet homme d’origine libanaise, aussi discret qu’influent, qui conseille depuis près de dix ans, le président (hors mandat) RD congolais en matière électorale.

Au centre-ville de Kinshasa, dans la commune de la Gombe, sur l’avenue Mont des Arts, un complexe d’immeubles jouxte l’école « Cours Sénèque », un établissement scolaire de haut standing. Devant, à l’entrée, un cortège s’arrête. Le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Corneille Nangaa, descend d’un des imposants véhicules qui le compose. En plein jour, ce samedi 1er septembre, l’homme chargé des élections en République démocratique du Congo se rend dans un des appartements luxueux de cet immeuble, où il y passera plusieurs heures.

C’est en effet une habitude. Ce lieux, discret et presqu’anodin, est pourtant connu de tous les kabilistes ou, du moins, de ceux qui cherchent à se faire élire. C’est ici qu’habite l’homme qui n’est connu que sous le nom de « Khamal ». Officieusement, il est « le » conseiller électoral du président Kabila. De fait, c’est lui qui, depuis son appartement, pilote le processus électoral en RDC. « En matière d’élections, il est le deus ex machina du Président », confirme un haut responsable du parti au pouvoir.

Khamal n’existe pourtant pas officiellement. Aucun document officiel au pays ne porte trace de son existence. Et pourtant, l’homme conseille Joseph Kabila depuis 2011. C’est lui qui, grâce à ses théories électorales qui ne tarderont pas à prouver leur efficacité, sera recruté par feu Augustin Katumba Mwanke pour faire gagner le pouvoir. « Il a travaillé avec la Monusco sur le processus électoral de 2006. Il avait accès à tous les fichiers. Il donnait des informations précieuses aux proches du président Kabila : Katumba Mwanke, Samba Kaputo, Vital Kamerhe, explique une source qui le fréquente régulièrement, en précisant que « plusieurs députés du pouvoir ont été élus grâce à un coup de pouce de Khamal. C’est le cas notamment de Tryphon Kin-Kiey Mulumba, Evariste Boshab et Aubin Minaku [qui avait perdu aux élections législatives face au père de Germain Kambinga mais qui avait été donné vainqueur] ».

C’est lui qui en 2011 conseille au président Kabila d’instaurer un seul tour au lieu de deux pour le scrutin présidentiel, rendant ainsi la tâche de l’opposition plus compliquée. C’est encore lui qui, dans la foulée, conseille d’éclater la famille présidentielle en une myriade de partis (PPRD, PPDA, PPPC…) afin de tirer le meilleur profit du scrutin proportionnel et avoir ainsi une majorité plus large aux législatives.

L’idée de la machine à voter, c’est lui

En 2015, alors que l’opposition commence à s’agiter pour appeler au départ de Kabila, Khamal débarque chez Kabila avec deux solutions : une loi électorale taillée sur mesure, avec notamment une nouveauté de taille (le seuil électoral à 3%) et une sombre machine à voter. L’objectif : faire gagner n’importe quel candidat du pouvoir à des élections qui n’ont que peu de chances d’être élus à la régulière compte tenu de la forte impopularité du régime. « Le président était emballé par cette initiative. Khamal a été tout de suite mis en contact avec la CENI pour travailler sur la mise en place de ce projet ».

Depuis, le « libanais », comme le surnomme ses détracteurs, jaloux de son pouvoir auprès du président, est devenu l’ombre de Corneille Nangaa. « C’est lui le véritable patron de la CENI. Son expertise en matière électorale n’est plus à démontrer », ajoute une source au sein de l’institution. « Il n’est pas spécialiste des questions électorales, mais de triche électorale », corrige aussitôt un ex-proche du président Kabila.

Khamal est ainsi au cœur du processus devant permettre au pouvoir de franchir sans encombres les prochaines échéances électorales. Sa machine à voter est une question de vie ou de mort pour le régime actuel. A trois mois des élections, la Commission électorale a tout mis en œuvre pour que celle-ci, pourtant vigoureusement dénoncée, soit utilisée vaille que vaille lors des prochains scrutins.

Ces machines, tout le monde le sait, sont d’une fiabilité plus que douteuse. D’autant que pour les faire fonctionner au profit du pouvoir, Khamal a tout prévu. Des agents électoraux seront chargés de les faire fonctionner dans les différents bureaux de vote à travers le pays. Entre les problèmes d’illettrisme, de vues défectueuses ou tout simplement de manipulation de cette machine aux rouages complexes, le pouvoir peut espérer par ce seul moyen détourner une partie non négligeable des votes à son profit. Comme l’annonçait Corneille Nangaa le samedi dernier sur la radio Deutsche Welle (DW), 40.000 agents ont été recrutés à cette fin et sont actuellement en formation à l’école « Cours Sénèque » située à la Gombe. Et les formateurs de ces quelque 40.000 agents sont eux-mêmes formés par… l’incontournable Khamal.

De quoi sans doute permettre au pouvoir d’atteindre les objectifs qu’il s’est fixé. Faire élire l’homme de paille de Joseph Kabila, le très effacé Emmanuel Ramazani Shadary, et obtenir une large majorité absolue à l’Assemblée nationale (320 députés). Avec les machines à voter et les manipulations qu’elle permet, la victoire pour le pouvoir – pourtant très impopulaire partout en RDC – est assurée. A l’heure du tout numérique, la fraude électorale rentre elle aussi dans l’ère de la modernité.

Au fait de son influence, Khamal est aujourd’hui incontournable au sein de la mouvance présidentielle pour qui veut faire carrière en politique. Au-delà, l’homme détient entre ses mains une bonne partie de l’avenir de la kabilie. Joseph Kabila le sait. Jamais il n’a été aussi dépendant de son très discret conseiller.

congolibere.com

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