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Deux ans après avoir été “dupés” durant les accords de la Saint-Sylvestre, les prêtres catholiques reviennent en force contre le pouvoir du président Kabila. Le ton monte, et l’avenir du pays est en jeu.







Il n’y a pas d’erreur de français dans la titraille. En République démocratique du Congo, le français mélangé au lingala local donne le terme « revange », comme cette action-là que le célèbre “Commando” Schwarzenegger s’offre contre ses ennemis à la fin du film. Et donc, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) est en train de faire une « revange » en ce moment contre le pouvoir de Kinshasa.

La petite histoire remonte à novembre 2016. Dans sa recherche de solutions pour se maintenir au pouvoir, le président Joseph Kabila contacte les évêques catholiques à l’issue d’un dialogue raté à la Cité de l’Union Africaine à Kinshasa, boycotté par une large partie de l’opposition. La CENCO est alors confiée de la mission d’initier un nouveau dialogue, cette fois-là pour trouver un large consensus.
Des facilitateurs de Kabila



Car cette année-là, Joseph Kabila arrive à sa date de péremption le 20 décembre. La rue, l’opposition dirigée par Etienne Tshisekedi, ne veut plus de lui. Il est, dit-on, hors de question qu’il traverse l’année à la tête du pays. Gonflée à bloc par le « B52 » de la politique congolais [Etienne Tshiskedi], la large coalition du Rassemblement qui peut compter sur le très actif Moïse Katumbi, accepte donc une médiation des catholiques plongés innocemment dans cette crise pour trouver une porte de sortie en douceur pour le président congolais. Le 8 décembre 2016 au Centre interdiocésain à Kinshasa, l’une des plus longues négociations politiques en RDC s’ouvre. Et les prêtres de la CENCO vont très vite comprendre leur position délicate.

Le Congo est un pays de croyants. Dieu y est partout. Et quand on débarque dans ce pays étrangement colonisé par la Belgique, on devrait savoir que les Catholiques forment la principale religion du pays, même s’ils sont en perte de vitesse face aux « église de réveil » qui naissent comme des champignons. Mais cette église a souvent constitué de contre-pouvoir. Le pays n’ayant jamais été une démocratie, l’Eglise catholique n’a pas beaucoup apprécié la dictature.

Le Marchal Mobutu, qui a régné 32 ans ici, a eu à se frotter au célèbre Cardinal Joseph-Albert Malula, ou encore à son successeur Frédéric Etsou. Mais dans les années 90, un autre homme de l’Eglise s’est levé. Laurent Monsengwo, qui est aujourd’hui cardinal, incarne alors cette opposition farouche contre la dictature et le pouvoir oppressant en RDC.
Dupés

Un accord est signé la nuit de la Saint-Sylvestre à Kinshasa. Mais c’est un « non-accord » en fait. Il prévoit un autre « arrangement particulier » pour être complet. Mais aussi et surtout des élections en décembre 2017, le partage du pouvoir en confiant à l’opposition le poste du Premier ministre, et bien évidemment, le départ de Kabila à l’issue des élections libres.

Mais très vite, la CENCO se retrouve dans une position inconfortable. Etienne Tshisekedi meurt soudainement en février 2017. Le pouvoir en profite pour tirer les discussions autour de l’arrangement particulier en longueur. Kabila exige, sortant de l’accord, qu’on lui fournisse plusieurs noms d’opposants pour le poste de Premier ministre. Une malice qui vise à faire surtout nommer un homme de choix à ce poste. En avril, quand Bruno Tshibala est nommé à la suite d’une scission des forces d’opposition, les catholiques ne peuvent plus contenir leur colère. D’autant plus que contre toute attente, Joseph Kabila les convoquent à la Présidence et met fin à leur médiation, sans que celle-ci n’ait aboutie à un accord réel.

Les prêtres catholiques s’énervent. La nomination du Premier ministre Bruno Tshibala est qualifiée “d’entorse à l’accord”. Ils soutiennent activement le Rassemblement de Félix Tshiskedi. Par ailleurs, les catholiques n’ont même pas pris part à la signature de l’arrangement particulier sous l’égide du Parlement congolais, prétextant “un événement plus important”.
En colère



Cette église, habituée à s’opposer au pouvoir depuis Mobutu, se rend compte d’avoir visiblement été roulée dans la farine dans un processus de médiation qui a fini par conforter l’emprise du Pouvoir sur l’opposition. Car durant les négociations, la CENCO a bien que mal assuré une impartialité sans faille, dans le but d’obtenir cet accord et, plus tard, son application dans les discussions autour de l’arrangement particulier.

Le ton montait toutefois vers la fin de cette médiation, alors que la Majorité Présidentielle avait visiblement choisi d’utiliser les catholiques pour gagner du temps. Le 23 mars, l’Abbé Donatien Nshole, Secrétaire général de la CENCO, a laissé exploser sa colère devant ses manœuvres: “Depuis plusieurs semaines, il n’y a que deux points qui bloquent. Où les uns et les autres paraissent encore intransigeants. Et devant cette situation, la médiation a fait des propositions concrètes pour avancer, mais ce n’est ne pas écouté…. Que ‘est-ce qu’on peut encore faire? Elle n’a que la parole, elle n’a pas les armes, elle n’a pas le fouet“, remarquait l’Abbé Nshole sur le micro de POLITICO.CD.

“Il faut être franc. Il faut jouer franc-jeu, il ne faut pas donner l’impression que l’on dialogue, alors que l’on ne veut pas dialoguer. Qui dit dialogue, qui dit négociation doit être prêt à des concessions. Mais si on est arrivé à ce stade où les uns et les autres ne savent même plus s’écouter, et surtout on ne sait même plus prendre en compte les sages propositions, ça signifie qu’il y a un autre agenda. ça signifie que l’on veut autre chose. N’oubliez pas que les évêques ne sont pas là pour attendre à résoudre les problèmes. “, a-t-il poursuivi, tout en se refusant de s’éprendre qu’au Pouvoir.

Le 29 mars, lorsqu’ils rencontrent le président Kabila, les évêques de la CENCO avaient encore pris soin de ne pas suspendre complètement leur médiation. Une fin qui viendra finalement du Président, prenant les prêtres à contre-pied. Devant la situation, l’Eglise qui est toute aussi pointée du doigt par la population, qui l’accuse d’avoir “joué le jeu du pouvoir“, en attaquant parfois ses lieux saints, monte à l’offensive pour faire attendre sa position, qui est loin de coaliser avec le Pouvoir.
Ils prennent leur revanche




C’est donc sur cette donne que les prêtres ont bu la tasse face à Joseph Kabila, qui confortera sa position, traversant décembre 2016 sans encombre, et même la fin de 2017, sans que des élections n’aient lieu.

Mais les catholiques ne sont pas nés de la dernière pluie. Alors que les élections du 30 décembre s’approchaient, l’omniprésent Secrétaire général de la CENCO, l’Abbé Donatien Nshole — aux côté du tout nouveau Chef de l’Eglise catholique en RDC, Monseigneur Fridolin Ambongo, qui remplace le cardinal Mosengwo officiellement vieillissant mais toujours actif dans les coulisses — a préparé le match retour.

Au lendemain de ces élections, la CENCO révèle avoir effectivement déployé 40.000 observateurs, un costaud système de dépouillement, plus rapidement même que celui de la Commission électorale. A l’heure où les résultats sont toujours attendus, et que le pouvoir, qui ne doit pas perdre ces élections, compte sur sa proximité avec la Commission électorale pour se tailler des résultats favorables, l’Eglise annonce détenir le nom du gagnant, appelant à CENI à publier la vérité.

La prise d’Anaconda est là, serrée sur la gorge du pouvoir et de la Commission électorale. Kabila et la CENI ne sont plus les seuls à détenir les résultats. La Communauté internationale et les Congolais qui reconnaissent en la CENCO certes sa colère vis-à-vis du pouvoir, mais surtout son sérieux et son activisme pour la démocratie, lui prêttent voix. L’Eglise au Congo, est aujourd’hui au milieu du village et compte bien faire « triompher la vérité ».

Et quand la CENI, la coalition au pouvoir et même le président Joseph Kabila l’invectivent, la CENCO répond : « Ce sont les irrégularités qui irriteraient la population et la plus grave qui pourrait porter le Peuple congolais au soulèvement serait de publier les résultats, quoique provisoires, qui ne soient pas conformes à la vérité des urnes.» « De ce fait, s’il y a soulèvement de la population, il relèverait de la responsabilité de la CENI », enfonce-t-elle.

Dans un pays où Joseph Kabila est habitué à gagner, jouissant d’une très bonne étoile, l’Eglise semble cette fois prendre son taureau par les cornes, dans une corrida que le monde entier et le Congo regarde. A quelques jours de la publication des résultats, loin des politiques qui ont souvent déçu cette population déconnectée et parfois passive, les prêtres catholiques sont là, debout, prêts à prendre leur « revange ».

Litsani Choukran (@litsanichoukran)
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