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À Namibie, le président nommé Félix Tshisekedi a promis un gouvernement et a dit refuser d’être un président protocolaire, précisant au passage que sa mission principale à Windhoek était de « solliciter le soutien de la SADC pour éradiquer définitivement les groupes armés » qui sèment la terreur à l’est de la RD Congo.








Deux choses à retenir de ces déclarations : 1) le président nommé est conscient que ses « pouvoirs » sont limités et cherchent à s’affranchir de l’étouffante tutelle de la Kabilie qui détient l’effectivité du pouvoir sans être au pouvoir. 2) Félix Tshisekedi réalise qu’il ne peut pas compter sur l’armée congolaise pour mettre fin à la barbarie des « groupes armés » qui a élu domicile à l’est du pays. Ce second point, qui est d’une certaine manière lié au premier, mérite une attention toute particulière.

En effet, on peut se demander pourquoi Félix Tshisekedi fait appel aux pays de la SADC pour régler un problème interne à la RDC. A-t-on vraiment besoin des armées étrangères pour régler le problème de sécurité que posent les groupes armés qui pullulent à l’est du pays? Pourquoi faire appel aux pays de la SADC quand on a une armée capable de régler le problème ?

La démarche de Félix Tshisekedi est révélatrice d’une sombre réalité que bien des gens ignorent ou refusent de voir : l’infiltration massive des FARDC (Forces armées de la RD Congo) par le Rwanda ; infiltration rendue possible par Joseph Kabila, qui a lui-même servi dans les rangs de l’Armée patriotique rwandaise (APR) de Paul Kagame. L’histoire de cette infiltration mériterait tout un article. Je vais donc me limiter à en relever quelques points.

Dès août 1998, la RDC fait face à plusieurs « rebellions » armées. Ces «rebellions», qui ont été créées par le Rwanda et l’Ouganda avec la complicité des États-Unis, sont composées majoritairement d’éléments rwandais. Quelques Congolais sont recrutés pour camoufler l’agression étrangère et montrer à la face du monde qu’il s’agit de mouvements armés authentiquement congolais.

Si l’objectif principal des pays agresseurs est d’utiliser ces « rebellions » pour renverser Laurent-Désiré Kabila, qui s’est montré rétif face à leurs intérêts en RDC, leur stratégie va évoluer au fil des dénouements sur le terrain. L’intervention de certains pays de la SADC (Zimbabwe, Namibie et Angola) aux côtés de Laurent-Désiré Kabila va redéfinir les rapports de force sur le terrain, poussant la coalition des agresseurs à changer de stratégie.

Si pour les trois pays (USA, Rwanda et Ouganda), l’élimination physique de L-D Kabila reste la priorité des priorités, pour le Rwanda particulièrement, qui connaît une pression démographique importante et qui rêve déjà à ce moment-là d’étendre son aire d’influence à l’est du Congo, l’objectif est de créer les conditions d’une domination rwandaise absolue sur cette partie de la RDC connue pour ses abondantes ressources naturelles. Pour cela, Paul Kagame va procéder au noyautage des institutions civiles et militaires du pays en se servant des « rebellions » qui n’ont de Congolais que le nom.

En janvier 2001, Laurent-Désiré Kabila est assassiné dans des circonstances obscures. Joseph Kabila, présenté comme son fils adoptif, lui succède et se rapproche du Rwanda. Un « deal » qui ne dit pas son nom est scellé avec Paul Kagame en présence de George Bush à Washington. La guerre se poursuit et la RDC est appelée à négocier avec les groupes armés. Quelque temps après, un accord de paix est signé à Sun City, en Afrique du sud. Il stipule que les belligérants doivent former un gouvernement d'union et une armée nationale composée aussi bien des forces gouvernementales que d’éléments rwandais estampillés «rebelles congolais». C'est ainsi que le Rwanda réussit à injecter ses hommes au cœur du système de défense du Congo. La boucle est bouclée. Pour comprendre l’étendue du problème, laissons la parole au Groupe d’experts des Nations Unies mandatés par le Conseil de sécurité pour faire la lumière sur le pillage des ressources naturelles de la RDC :

« Le Groupe d’experts de l’ONU a eu connaissance d’autres tactiques employées pour masquer le maintien de la présence d’une force armée inféodée au Rwanda. Des sources dignes de foi lui ont signalé une initiative du chef d’état-major de l’Armée nationale congolaise, le major Sylvain Buki, visant à réorganiser les forces du RCD-Goma de façon à intégrer un plus grand nombre d’hommes de l’Armée patriotique rwandaise dans les unités de l’Armée nationale congolaise et les forces de défense locales composées d’éléments pro-rwandais. La plupart de ces unités ont été dirigées un temps par l’Armée patriotique rwandaise et, avec la restructuration en cours, de nombreux soldats de l’Armée patriotique rwandaise vont entrer dans les rangs de l’Armée nationale congolaise. Au lieu de rentrer au Rwanda, un grand nombre de Hutu rwandais qui servaient dans l’Armée patriotique rwandaise se sont vu remettre un uniforme et ont regagné des brigades de l’Armée nationale congolaise en tant que Hutus congolais. Le Rwanda a intentionnellement détourné l’attention du fait que des soldats restaient en RDC en accordant une importance particulière au départ de ceux qui quittaient le pays. Des cérémonies ont été organisées aux points de passage des soldats qui rentraient chez eux. En réalité, le nombre de soldats qui ont quitté la République démocratique du Congo ne représente jusqu’à présent qu’une infime partie de l’ensemble des troupes de l’Armée patriotique rwandaise stationnées dans l’Est de la RD Congo, qui, selon diverses sources, comptent de 35.000 à 50.000 hommes. »

Où sont passés ces 35000 à 50 000 hommes ? La réponse se passe tout commentaire. Dans leur rapport, les experts onusiens ajoutent :

« Sur la base de son analyse de nombreux documents et témoignages oraux, le Groupe d’experts estime que la présence du Rwanda dans la République démocratique du Congo a pour but d’accroître le nombre de Rwandais qui se trouvent dans l’Est du pays et d’encourager ceux qui y sont déjà installés à conjuguer leurs efforts pour aider le Rwanda à exercer son contrôle économique. »

Ce qui vaut pour la « rébellion » du RDC-Goma citée dans le rapport de l’ONU vaut tout autant pour toutes les autres fausses « rebellions » créées et pilotées depuis Kigali pour déstabiliser, piller et accroître la zone d’influence du Rwanda à l’Est de la RDC. À chaque fois, le scénario est toujours le même : une « rébellion » sort de nulle part, avance des revendications bidon, propage la terreur et la misère pour réclamer au final, en guise de cessez-le-feu, un accord qui permet au Rwanda (et à l’Ouganda dans une certaine mesure) d’injecter ses hommes dans l’armée congolaise afin de gagner du terrain dans le processus d’occupation du territoire congolais. Une brève analyse de l’« accord de paix » entre le gouvernement congolais et la «rébellion» du CNDP de Laurent Nkunda (ancien officier de l’APR résidant aujourd’hui à Kigali) illustre bien les avantages de cette stratégie rwandaise.

En effet, il est stipulé dans cet accord que le CNDP «confirme le caractère irréversible de sa décision de mettre fin à son existence comme mouvement politico-militaire », mettant ainsi fin, officiellement, à son existence en tant que « mouvement rebelle ». Dans le cadre du même accord, le CNDP s’engage à « intégrer ses éléments de police et ses unités armées respectivement dans la Police nationale congolaise et l’Armée de la République démocratique du Congo ». Et à l’article 12.7 de l’accord, le piège de cette stratégie se referme lorsque « les parties conviennent de la reconnaissance formelle des grades des ex-éléments du CNDP aussi bien dans la Police nationale congolaise que dans les FARDC », faisant ainsi de tous les policiers, soldats et officiers rwandais évoluant au sein du CNDP des éléments de la police et des FARDC avec leurs grades !

De 1998 à 2013, année de la mort officielle du M23, une autre «rébellion» qui a succédé au CNDP, le Rwanda a donc réussi, grâce à Joseph Kabila et à certains Congolais corrompus, à injecter des milliers d’hommes au sein des institutions civiles et militaires de la RDC. C’est donc avec un cynisme teinté de répugnance et de sarcasme que les habitants du Kivu ont surnommé les FARDC les Forces Armées Rwandaises Déployées au Congo. Des sources rwandaises nous ont même signalé que la plupart des éléments rwandophones déversés dans les institutions civiles et militaires de la RDC ont changé leurs noms et portent désormais des patronymes congolais, histoire de mieux se fondre dans la masse sans se faire remarquer.

Le pays est rongé de l’intérieur. On ne sait plus trop qui est qui, qui fait quoi et qui roule pour qui. La crainte de Félix Tshisekedi est fondée. Pour autant faut-il faire appel à la SADC pour régler le problème que posent les groupes armés ?

La réponse est NON. Non seulement ce serait envoyer un mauvais signal à la population et aux partenaires étrangers, mais la plupart des pays de la SADC (à commencer par l’Afrique du sud qui a longtemps soutenu les visées du Rwanda au Congo) ont contribué à la situation que l’on décrie aujourd’hui. Il revient donc aux Congolais de régler le problème de sécurité auquel le pays est confronté. Mais comment y arriver lorsqu’on a décidé de pactiser avec les ennemis de la patrie pour devenir le président des Congolais ?

Félix Tshisekedi réalise certainement que la trahison a aussi un prix. Sa propre sécurité est compromise ; il ne peut pas compter sur des services de sécurité noyautés par les ennemis de la patrie qui sont devenus, cruelle ironie de l’histoire, ses alliés de circonstance. Il est aujourd’hui otage de la Kabilie, qui contrôle ces services, et de sa propre traitrise. Raison pour laquelle il aurait, lors de sa visite à Luanda, selon des sources dignes de foi, demandé à l’Angola d’assurer sa sécurité.

Même avec le soutien des pays de la SADC, Félix Tshisekedi aura du mal à imposer ses désidératas à des chefs militaires placés par Joseph Kabila et qui entretiennent encore et toujours des relations avec un Rwanda qui n’a pas encore fini de dépouiller la RDC de ses richesses et de sa population. De plus, il doit composer avec un système infesté de «Kagame boyz» (Azarias Ruberwa en est l'exemple), dont les intentions à son égard vont dépendre de sa politique envers leurs intérêts au Congo. Ces gens travaillent, certes, de connivence avec Joseph Kabila, mais le système auquel ils appartiennent dépend directement de Kigali et fonctionne indépendamment de Kabila qui lui a pourtant permis de s’incruster au Congo. Ce système opaque est si cloisonné que « neutraliser » Joseph Kabila ne permettra pas d’en venir à bout, du moins à court et moyen terme. Il faudrait procéder intelligemment et à bas bruit pour extirper le mal à la racine. Félix Tshisekedi en a les moyens ? Pas sûr. La volonté ? Peut-être. De toute façon, ça prend des patriotes, des vrais, pour relever un tel défi et non un homme arrivé au pouvoir grâce aux tortionnaires de son peuple.
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