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A en croire les statistiques de l'Onusida, sur au moins 450.000 personnes vivant avec le VIH/Sida en République démocratique du Congo, seuls 259 650 des malades ont accès au traitement, soit 57,7%, contre 190 350, soit 42,3%, n'ayant pas accès au traitement antirétroviral (ARV). Préoccupé par cette situation, Médecins Sans Frontières (MSF) a tiré la sonnette d’alarme au cours d'une rencontre qu'il a organisée avec la presse hier mardi 8 octobre à son siège dans la commune de Kintambo. MSF rappelle que "les besoins des personnes vivant avec le VIH restent énormes" en RDC.
La sonnette d'alarme de cette organisation médicale humanitaire intervient au moment où s'ouvre cette semaine à Lyon en France la conférence des donateurs du 'Fonds mondial contre le VIH/Sida, la tuberculose et la malaria. Une rencontre mondiale, apprend-on, destinée à mobiliser les financements nécessaires à la lutte contre ces maladies pour les trois prochaines années.
Pour la coordinatrice du projet VIH/SIDA de MSF à Kinshasa, Pascaline Rahier, "la prévention du VIH et l'accès aux soins pour les personnes vivant avec le virus restent un défi en RDC ". A l’en croire, plusieurs barrières ne facilitent pas l'accès au traitement et rendent ainsi " la lutte extrêmement difficile ".
Parmi ces barrières, Pascaline Rahier énumère "les croyances et le manque d'information sur la maladie, la stigmatisation qui affecte les personnes infectées, les insuffisances du système de santé public, la méconnaissance du VIH par le personnel soignant de certaines structures de santé et par la communauté, ainsi que le manque général de moyens financiers."
BARRIERES A LA PREVENTION ET AUX SOINS
MSF, qui lutte contre la pandémie depuis 2002 au Congo Kinshasa, révèle que le Centre hospitalier Kabinda (CHK) qu'il gère à Kinshasa et des structures qu'il appuie à Goma, au Nord-Kivu font quotidiennement les frais de ces barrières à la prévention et aux soins.
Le Dr Gisèle Mucinya, coordinatrice médicale du projet VIH/SIDA de MSF à Kinshasa témoigne que "beaucoup de patients qui se présentent au CHK arrivent dans un état très avancé de la maladie. ".
" L'existence même d'un grand nombre de patients en stade avancé dans le pays traduit l'ampleur des problèmes rencontrés en amont. Beaucoup se font dépister trop tardivement et commencent dès lors le traitement trop tard», rapporte-t-elle.
" D'autres interrompent leur traitement par manque de médicaments disponibles, du fait des frais exigés par certaines structures de soins, bien que les traitements antirétroviraux soient supposés gratuits, ou encore par manque de connaissance sur la prise en charge adaptée à leur état de santé. Cela ouvre la porte aux infections opportunistes et à un stade plus avancé de la maladie. "
Une situation inquiétante qui, selon MSF, invite notamment les bailleurs internationaux à délier leurs bourses dans le meilleur délai pour un financement ambitieux afin de permettre d'enrayer l'épidémie de VIH en RDC.
LE VIH/SIDA A TUE PRES DE 13 000 PERSONNES EN 2018
Pascaline Rahier, qui s'appuie sur les statistiques de l'Onusida, affirme que le VIH/Sida a déjà tué près de 13.000 personnes en 2018 et que. "beaucoup de ces décès sont en réalité évitables, mais cela nécessite que l'ensemble de la cascade de soins et de la prévention bénéficie d'un appui financier bien supérieur afin de couvrir les besoins existants."
En plus, ajoute-t-elle, plusieurs endroits visités par les équipes de MSF butent aux " difficultés d'accès au dépistage, des ruptures en ARV ou l'absence de suivi psychologique des patients, pourtant cruciale pour assurer une bonne adhérence au traitement. "
BESOINS FINANCIERS PRESSANTS
Alors que les besoins financiers pour la prise en charge des patients du VIH/Sida en RDC se font pressants, les financements internationaux destinés à lutter contre le VIH dans le monde ont régressé en 2018. Ainsi MSF appelle-t-il les donateurs - et notamment ceux alimentant l'enveloppe du Fonds mondial cette semaine - à faire preuve d'ambition dans leurs engagements financiers.
Dans une sorte de plaidoirie en faveur des malades du Congo-Kinshasa, MSF dédouane la RDC de son incapacité à financer la lutte contre la pandémie, dès lors que les autorités sanitaires congolaises peinent à assurer le financement du système sanitaire national
"Entre autres par manque de ressources, les autorités sanitaires congolaises peinent déjà à financer le système de santé national. Dans ce contexte, bien que cela ait du sens que la RDC participe au financement en matière de VIH, il serait illusoire de penser que le pays puisse assumer à court terme une part plus importante des efforts à mener. Les donateurs doivent prendre cela en considération et continuer, de façon plus ambitieuse encore, à soutenir les centaines de milliers de patients qui en ont besoin, y compris ceux en stade avancé de la maladie. En RDC comme partout ailleurs, on ne peut accepter qu'à peine six patients sur dix aient accès à un traitement." Kléber KUNGU
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