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Candidat malheureux à la présidentielle de 2018, Martin Fayulu conteste toujours la victoire de Félix Tshisekedi et demande d’importantes réformes institutionnelles et la tenue d’élections.

Afrikarabia : Presque un an après les élections de décembre 2018, la République démocratique du Congo (RDC) est-elle sortie de la crise politique ?

Martin Fayulu : Non, il y a toujours une crise de légitimité à la tête de l’Etat. Félix Tshisekedi n’a pas été élu par les Congolais. Il a été nommé par Joseph Kabila qui a demandé à la Commission électorale de fabriquer les chiffres des élections. On est allé très loin en fabriquant les chiffres de la présidentielle, mais aussi des législatives nationales et provinciales.

Comment sortir de cette crise de légitimité ?

Je propose de créer un Haut conseil national des réformes institutionnelles afin de réformer la loi électorale, la Commission électorale et les juges électoraux. Il faut tout revoir : la Cour constitutionnelle, l’armée, la police, l’accès aux médias, les droits de l’Homme… et après 18 mois de réformes, je propose d’organiser des élections anticipées crédibles et transparentes.

Des élections à deux tours ?

Exactement, afin que tout le monde puisse de présenter. Au sein de Lamuka, cela permettra de voir qui arrive en tête du premier tour et d’éviter de devoir désigner un candidat unique.

Comment revenir à un scrutin à deux tours ?

Il suffit tout simplement de déclarer la révision constitutionnelle du 11 janvier 2011 illégale. Nous ne touchons pas à la Constitution et nous revenons alors à la Constitution originelle de 2006.

Comment provoquer ces élections anticipées que ne souhaitent pas Félix Tshisekedi et Joseph Kabila ?

Tout d’abord grâce au peuple congolais qui est souverain et doit s’imposer. Il sera aider par les aberrations du président Tshisekedi et de Joseph Kabila. L’incompétence de Félix Tshisekedi va nous aider. Il accepte tout ce que Joseph Kabila lui demande de faire… il en fait même plus…

… comme quoi par exemple ?

Joseph Kabila n’allait pas voir Paul Kagame au vu et au su de tout le monde. Il se cachait pour voir Kagame. Aujourd’hui, il envoie Tshisekedi dans la gueule du loup… et Tshisekedi est pris à son propre piège. Hier, le parti de monsieur Tshisekedi demandait que Joseph Kabila retourne dans son pays au Rwanda, et aujourd’hui Tshisekedi va au Rwanda, serrer la main de Kagame, alors que les plaies ne sont toujours pas pansées entre les deux pays.

Qu’est-ce qui ne va pas depuis l’élection de Félix Tshisekedi ?

Dans le social par exemple, rien ne va. Le Franc congolais a encore perdu de sa valeur. On a décrété la scolarité gratuite pour l’enseignement de base, ça ne marche pas. L’Etat n’a pas de moyens. On continue de tuer à Beni et Butembo…

Qu’allez vous faire ?

Très concrètement, je veux mettre les gens dans la rue. Le peuple est souverain. Je fais une proposition de sortie de crise… qui dit mieux ? On ne peut pas continuer à laisser Tshisekedi et Kabila jouer avec le peuple congolais. A terme, ce qui est prévu, c’est le plan Kabila pour déstabiliser le Congo, ce qu’on appelle la « balkanisation » du pays.

La désignation d’un porte-parole de l’opposition est-elle importante pour vous ?

Le poste de porte-parole de l’opposition n’a pas raison d’être. Ce poste aurait une valeur dans le cadre d’élections démocratiques. Ici, qui est l’opposant ? Il n’y a pas d’opposant. Celui qui a gagné n’est pas celui qui dirige. Nous sommes dans une impasse. Nous devons aller aux élections anticipées, réformer les institutions pour que lors des prochains scrutins, ce soit le choix des Congolais qui l’emporte. Certains veulent instrumentaliser le poste de porte-parole de l’opposition pour affaiblir Lamuka. Mais nous sommes forts.



Pourtant Moïse Katumbi semble déjà en campagne électorale et souhaite créer son propre parti politique ?

Sa tournée dans les provinces était annoncée. Nos militants étaient là pour l’accueillir, tout comme les siens pendant la campagne de 2018. Créer un parti politique est parfaitement compatible. Nous avons tous nos propres partis. Pourquoi Moïse Katumbi n’en aurait pas ?

Lamuka a intérêt à faire front commun jusqu’à l’organisation d’élections crédibles ?

Parfaitement. Je demande que ce front commun continue jusqu’au bout pour chasser les ennemis de la République. Félix Tshisekedi n’est que la continuation du système Kabila, et c’est ce système qu’il faut chasser.

Christophe Rigaud
Afrikarabia
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