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Un jour, Floribert Chebeya quitta son domicile, sous le regard figé de sa femme et de ses trois enfants ! Elle n’a pu retenir ses larmes, car elle savait que son mari devait partir répondre à une invitation à l’inspection générale de la Police. Elle n’a pu retenir ses larmes, car elle savait qu’il devait répondre à un sacré rendez-vous relevant de sa vocation de défenseur des droits de l’homme. Elle prit son mal en patience et dit : «Vas-y chéri, le Congo a besoin de toi ! Tu es un brave, je sais que tu reviendras ! Nous comptons beaucoup sur toi». Floribert lui lança un sourire complice et dit : «Calme-toi chérie, le devoir m’appelle, je reviendrai ! Prends soin de nos enfants! ». Nationaliste plein d’entrain, de courage et d’abnégation, Chebeya était prêt à mourir pour les autres. Sur le champ de bataille, le brave homme avançait avec détermination. Rien que son nom faisait reculer le tyran ! Rien que son nom dissuadait les esprits méchants ! Ce jour-là, sur le champ d’honneur, plutôt… sur la route du Kongo Central, dans un véhicule abandonné, se trouvait un corps sans vie. L’activiste venait d’être coché vif et, depuis lors, même son chauffeur Bazana n’a jamais plus fait signe de vie ; lui aussi serait perdu dans le néant de l’univers ! C’était un jour de larmes et de sang ! Un jour des lamentations, et grincements des dents ! L’homme de la Voix des Sans Voix succomba sur le champ d’honneur, laissant derrière lui sa femme et ses enfants, sans compter des milliers d’opprimés et de damnés de la terre assoiffés de la défense et de la protection de leurs droits les plus légitimes en RD. Congo, en Afrique et partout, à travers le monde. A retenir : « Le sang des martyrs rend fertile la terre pour la prolifération des héros». Pendant qu’on séchait les larmes quant au sort d’Armand Tungulu, et la nature ayant surtout horreur du vide, un autre nom s’est vite affiché aux valves des intrépides : Christopher Ngoyi Mutamba.

Il est de la race du pasteur Ekofo, celle qui ne ménage pas les mots pour dénoncer la médiocrité.



Ce vaillant défenseur des droits de l’homme avait droit à une pendaison au seul motif de son courage de dire non à la dictature. Il a passé des jours, des mois, voire des années en prison…Non pour avoir détourné les deniers publics, mais parce que l’avènement d’un Etat de Droit a toujours été l’objet de son engagement héroïque. On le comptait bien parmi les victimes de ce régime-là aux côtés de Franck Diongo, Jean-Claude Muyambo, Gécoco Mulumba, Diomi Ndongala, etc.








C’est, en effet, Christopher Ngoyi Mutamba, un universitaire de grand gabarit, qui a été désigné candidat de la Société Civile pour la présidence de la CENI. Dans une interview accordée à un média de la place, le jeudi 18 juin 2020, Jean-Bosco Puna, Secrétaire Permanent de la Société Civile de la RDC, affirme qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre la fonction que cet invertébré de la société civile remplit au sein du Fonds National de Solidarité contre la Covid-19 et celle de la présidence de la CENI.

« Etant donné que la fonction qu’il occupe au niveau du F.N.S.C.C n’est pas politique, mais essentiellement sociale, le Camarade Christopher Ngoyi répond bel et bien au profil de quelqu’un qui peut réellement diriger la CENI selon les attentes du peuple congolais », a-t-il renchéri.

Par ailleurs, le Secrétaire permanent de la Société Civile de la RDC a annoncé que Christopher Ngoyi n’a jamais abandonné son combat pour la réforme de la CENI.D’où, toute l’ambition de sa candidature.



En effet, la première démarche consiste, selon lui, à revisiter la loi portant organisation et fonctionnement de la CENI. « Nous n’avons pas abandonné ce combat », a toujours martelé cet homme qui n’a plus rien à prouver dans le domaine des valeurs démocratiques, c’est-à-dire, pour lui, il faut que ce combat soit mené pour que la République puisse se doter d’une loi qui sécurise toutes les parties prenantes.

Mais, le plus inquiétant, ce sont les manœuvres dilatoires de la majorité au parlement qui ne semble pas être pressée de débattre sur le cadre juridique des élections en RDC, privilégiant ainsi le statuquo et la continuité du mal.

A en croire leurs accointances avec l’équipe sortante de la CENI, la méfiance est autorisée contre ceux qui ont déjà opté pour le blocage du bon fonctionnement des institutions pour des raisons qui leur sont propres.

Déjà, le flou persiste toujours sur le choix de Ronsard Malonda qui semble être aussi celui du FCC.

Pourtant, la plateforme des confessions religieuses et plusieurs regroupements de la société civile sont divisés quant à ce. Si certains sont favorables au choix de ce membre du bureau de l’équipe sortante, d’autres par contre soutiennent que la réforme de la loi électorale doit être une priorité. Ainsi, l’élection de nouveaux dirigeants de la CENI doit-elle être subordonnée à cette réforme. On aurait appris que le rapport annuel de 2019-2020 a été déposé à l’Assemblée nationale par le Président de la CENI Corneille Nangaa et, à cette occasion, la question de l’élection au sein de son organisation a été évoquée.

Les confessions religieuses et les élections

Concernant les élections à venir, les bons observateurs, sachant lire objectivement le déroulement des processus électoraux depuis 2006, ont tous les éléments d’analyse pour déjouer la félonie du régime de Joseph Kabila qui, pendant 18 ans de règne, s’évertuait à instrumentaliser les institutions d’appui à la démocratie. Les mauvais penalties dont parlait Moïse Katumbi n’étaient pas qu’une simple figure de style. Bien au contraire !

«Chasser le naturel, il revient au galop », dit-on. Avec un bilan largement négatif, ceux dont la gestion a été décriée, affichent encore et curieusement, leur appétence de revenir aux affaires en galvaudant la compréhension des textes juridiques et en brouillant les cartes des négociations selon le diktat de leur boulimie voulant tout ramener au niveau de leur nombril.

Il est donc à comprendre que les querelles intestines observées depuis peu au sein de la coalition FCC- CACH sont aussi, entre autres, symptomatiques d’un malaise lié au choix des animateurs de la Commission Electorale Nationale Indépendante.



A en croire la précipitation avec laquelle le bureau de l’Assemblée Nationale a accueilli la candidature de Monsieur Ronsard Malonda, lieutenant fidèle de Corneille Nangaa, rien ne sert de chercher l’épingle dans une meule de foin pour en savoir plus sur les vraies intentions du clan Kabila.

Là où la bonne lecture des textes de loi signale que «Joseph Kabila ne sera plus jamais président de la RDC », ses ouailles continuent à y croire, dur comme fer, selon qu’entre eux et les confessions religieuses, c’est l’histoire d’un vieil amour. Leur galéjade est aussi soutenue par certains juristes véreux qui pensent mieux faire en tentant de lire les textes juridiques avec les lunettes partisanes.

En effet, depuis feu Monsieur l’Abbé Malumalu, en passant par le pasteur NgoyMulunda jusqu’à la dernière aventure de Corneille Nangaa, les confessions religieuses, en plus d’avoir longtemps abusé de la confiance des électeurs, ont largement montré leurs limites. On a vu également de quoi était capable M. l’Abbé Jean-Bosco Bahala, un autre pasteur catholique, à la tête du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) qui est aussi une institution d’appui à la démocratie.

Ainsi, vouloir soumettre encore et toujours l’administration électorale au leadership des confessions religieuses ou de quiconque se réclamerait de ces obédiences déjà gangrénées par le mercantilisme, c’est exhumer le débat de la crédibilité, de la transparence et de l’inclusivité du processus électoral.

Aussi, est-il important de rappeler que la roublardise de l’ère du régime passé ne date pas de la dernière pluie. On l’a vue à l’œuvre dans sa complicité ouverte avec Corneille Nangaa quant à l’usage de la machine à voter pour pousser le camp adverse au boycott. Qui pis est, la non organisation des élections provinciales de 2015 n’a jamais eu de plausibles explications, encore plus les cautions des candidats n’ont jamais été remboursées. Déjà en cachette, et pour défier la CENCO, Joseph Kabila, spécialiste en technique de doublure, aurait monté de toutes pièces, une autre structure opportuniste des confessions religieuses pour s’en servir comme base-arrière là où les catholiques se montreraient très intransigeants face à ses multiples tentatives de se maintenir au pouvoir.

Il semble que c’est cette structure très mal connue dans les girons de la société civile, qui a prétendu désigner l’ancien collaborateur de Corneille Nangaa comme candidat à la tête de la CENI.

C’est donc en connaissance de cause que l’Eglise catholique a retiré le nom de son candidat «Cyril Ebotoko », laissant aux autres religieux de se fourvoyer dans leur exercice habituel de présenter une candidature selon les attentes de leur maître à penser. A l’évidence, aucun congolais n’est plus disposé à admettre que l’organisation des élections en RDC soit une chasse gardée des confessions religieuses. Cela vaut aussi pour l’église catholique dont personne n’attend revivre les exploits malheureux de Feu MuholonguMalumaluApollinaire.

Faut-il revisiter le système électoral ?

Il est bien clair que l’ivresse de lait n’est pas une simple figure de style en politique tant elle frise la démence, la délinquance et même l’immoralité. Nos juristes véreux et obnubilés par la partisannerie et le fanatisme, peuvent encore continuer à se déculotter au mépris de l’objectivité scientifique en optant pour l’interprétation erronée des textes de lois.

Le comble, c’est qu’ils ignorent que la substance de la politique n’est pas que juridique, mais un mixage de plusieurs sciences où la sociologie politique et la psychologie sociale sont de grands déterminants dans la définition de la légitimité d’un pouvoir.



Ne jurant que par l’indépendance des institutions et la séparation des pouvoirs, lors de sa première allocution devant le congrès, Félix Tshisekedi n’avait pas côtoyé le dos de la cuillère pour trancher net sur certaines questions qui fâchent et qui, jusqu’aujourd’hui, alimentent les débats dans plusieurs salons politiques, surtout concernant une éventuelle candidature de Joseph Kabila aux élections de 2023.

«Aucune disposition verrouillée et intangible de la constitution ne sera touchée », avait-il martelé non sans faire allusion aux irrégularités qui avaient caractérisé les élections des Gouverneurs des provinces et des sénateurs. Inutile de rappeler qu’une corruption ostentatoire et plus ou moins pathologique avait prévalu pour justifier le mandat de ceux qui se pavanent d’avoir la majorité parlementaire.

Selon le pilote de la nouvelle dispensation politique, il est important et urgent que le système électoral en RDC soit revisité et repensé de manière à l’adapter aux besoins de la commodité gouvernementale et de la stabilité des institutions.

Au nombre des priorités, il y a le mode du scrutin indirect qui doit être remplacé par le scrutin direct pour ainsi donner à la population l’occasion d’avoir, par un suffrage objectivement octroyé, des gouverneurs et des sénateurs reflétant l’expression de son libre choix. La problématique du second tour aux élections présidentielles à deux tours n’échappe pas à l’agenda des priorités quant à la réforme du cadre juridique qui régente l’exercice électoral en RDC.

A qui la faute ?

A l’initiative de l’honorable Christophe Lutundula, une proposition de loi serait déjà déposée depuis l’année passée au bureau de l’Assemblée Nationale pour des discussions conséquentes quant à la nécessité de revisiter le système électoral en RDC. Plusieurs fois, on a entendu ce vieux parlementaire fustiger sur les ondes la nonchalance de la chambre basse qui, décidément, ne semble pas être préoccupée par cette question si urgente et importante. Bien au contraire, on s’entend dire qu’un groupe de juristes acquis à la cause du FCC s’emploient à proposer des lois en vue de permettre au ministre de la justice d’avoir une autorité sur tout le système judiciaire, au mépris du principe sacrosaint de la séparation des pouvoirs interdisant l’exécutif d’empiéter sur le judiciaire.

Par ailleurs, dans le souci de requalifier le processus électoral en RD, l’Union Européenne avait déjà appelé, en décembre 2019, les autorités congolaises à procéder à la réforme de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) et de la Cour Constitutionnelle. Elle avait expliqué que cette réforme permettrait la stabilité des institutions actuelles et la possibilité d’organiser les futures élections dans des conditions les plus souhaitables.

Elle avait donc appelé à la réforme des institutions garantes de la démocratie et des processus électoraux, en particulier la Cour Constitutionnelle et la Commission Nationale Indépendante, dans le cadre d’un processus inclusif et crédible.

Selon elle, et après avoir examiné la situation de la RDC depuis les élections de décembre 2018, la transparence et la crédibilité de prochains scrutins ainsi que la participation de tous, y compris des jeunes et des femmes, seraient essentielles pour consolider la stabilité en RDC.

Qu’il s’agisse particulièrement des dérives monstrueuses à l’actif de la Cour Constitutionnelle en matière électorale, le Comité Laïc de Coordination (CLC) avait même organisé un sit-in de trois nuits devant le palais de la justice, dans la commune de la Gombe, à Kinshasa, afin d’exiger la démission des juges de cette Haute Cour qu’il qualifiait des « corrompus », lors des traitements des contentieux électoraux.

On n’en dira pas assez en évoquant l’instrumentalisation et la manipulation dont les cours et tribunaux avait fait l’objet pendant tout le règne de Joseph Kabila, foulant ainsi aux pieds le sacrosaint principe démocratique de la séparation des pouvoir selon la théorie de Montesquieu.



En gros, l’actuel Chef de l’Etat a réellement conscience de la mauvaise qualité des élections de Décembre 2018 et de la pertinence des réformes qui s’imposent. Plusieurs fois, on l’a entendu dénoncer la corruption à outrance ayant caractérisé ces scrutins scabreux. Comme quoi, les reformes à réaliser au sein de la Commission Electorale Nationale Indépendante et de la Cour Constitutionnelle, occupent aussi une place de choix dans ses préoccupations majeures en tant que garant du bon fonctionnement des institutions.

Félix Kalala Mwanza

Analyste politique et Libre penseur
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