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Le président congolais  lance des concertations nationales à partir de ce lundi.

Tremblement de terre au sommet du pouvoir en République démocratique du Congo. Et les répliques n’ont pas fini de se faire ressentir même peut-être au-delà des frontières.
Mercredi 21 octobre, Félix Tshisekedi a imposé trois nouveaux juges à la Cour constitutionnelle, en foulant aux pieds la Constitution, en prenant de court son “partenaire” du Front Commun pour le Congo (FCC – la plate-forme de l’ancien président Joseph Kabila) et en faisant investir par les membres de son parti (UDPS) les travées de l’Assemblée nationale congolaise. Ce qui permettra à certains des opposants du président de parler d’un véritable coup d’État institutionnel.

Félix Tshisekedi dispose désormais de cinq juges qui lui sont favorables sur les neuf que compte la Cour constitutionnelle, chargée notamment de valider le candidat victorieux lors de la présidentielle mais aussi de trancher en cas de demande de destitution du président.

Tshisekedi s’est ainsi donné un peu d’air, a montré qu’il pouvait court-circuiter les plans de la Kabilie et a semé le trouble sur tout l’échiquier politique congolais sans encore renverser complètement le jeu.

Divorce consommé

Le FCC, de son côté, a mal digéré ce coup de boutoir d’un président qu’il a porté au pouvoir au terme d’un scrutin présidentiel aussi surréaliste qu’inique et d’un accord signé entre les deux partis qui aurait dû limiter les appétits de l’ancien opposant. En fin de semaine, à grand renfort de communiqués et dans un chaos certain, les kabilistes, qui conservent une belle majorité à l’Assemblée nationale et au Sénat, ont pris position officiellement, dénonçant les agissements de leur “allié” et expliquant qu’ils “ne se sentiraient pas liés” par les décisions que pourrait prendre à l’avenir la Cour constitutionnelle.

Qu’importe cette dernière sortie. Félix Tshisekedi a pris une longueur d’avance sur son “partenaire” et entend bien la conserver. Vendredi soir, le président s’est ainsi invité sur les antennes de la télévision nationale pour, d’un ton martial, annoncer le lancement de concertations nationales. Il a épinglé au passage tous les différends qui sont apparus entre lui et ses “alliés”. Le constat s’impose donc, impossible de continuer à gérer le pays dans ces conditions, les concertations doivent donc déboucher sur un nouvel équilibre politique… mais comment et avec qui ?

Lors du passage à Bruxelles de Félix Tshisekedi au mois de septembre, certains membres de son immense délégation annonçaient la couleur en prétendant qu’ils pouvaient prendre le contrôle de l’Assemblée nationale. Un défi de taille quand on sait que le FCC de Kabila dispose de 341 sièges sur les 500 de l’hémicycle pour 47 sièges à la plate-forme de Tshisekedi et 112 à l’opposition.
Pour renverser la majorité kabiliste, il faut non seulement accaparer toute l’opposition mais aussi retourner près d’une centaine de voix du FCC.

Trahisons et reniements

Dans les rangs de l’opposition, l’initiative de Tshisekedi est accueillie avec prudence. “On va voir ce qu’il met sur la table”, disent en substance les principaux opposants. Mais tous affirment aussi leurs doutes et surtout leur méfiance. Tous se souviennent qu’ils étaient “avec Tshisekedi” jusqu’au 12 novembre 2018. Ils rappellent ainsi qu’en réunion à Genève, la veille, l’opposition (y compris Tshisekedi) avait adoubé Martin Fayulu comme candidat unique de l’opposition. Le lendemain, dans une interview radio (filmée et largement diffusée sur les réseaux sociaux) “Tshisekedi a mangé sa signature pour s’allier à Vital Kamerhe et se lancer de son côté dans la campagne présidentielle”, explique un homme politique présent à Genève. “Et Kamerhe a pris 20 ans de prison pour détournements de fonds… sans que son allié ne lève le petit doigt”, ajoute-t-il.
Un autre précise encore, “aujourd’hui, c’est Kabila qui pourrait devenir le cocu magnifique de Tshisekedi. À condition que la classe politique dans sa grande majorité ait la mémoire courte ou le ventre vide pour accepter de se lancer dans une nouvelle aventure sans garantie avec Tshisekedi”.

La concertation qui doit débuter ce lundi vise donc à trouver de nouveaux équilibres qui permettraient d’en finir avec la mainmise de Kabila sur le pouvoir congolais. Certains opposants rêvent d’un scrutin présidentiel anticipé. Mais pour l’organiser, une nouvelle Commission électorale nationale indépendante (Ceni) doit être mise sur pied. Kabila et Tshisekedi se déchirent aussi sur le futur président de cette Ceni, véritable moteur de l’organisation du scrutin. En 2018, Kabila disposait de la Ceni et de la Cour constitutionnelle… Aujourd’hui, Tshisekedi a le contrôle de la Cour constitutionnelle…

Et tant qu’une nouvelle Ceni n’est pas mise sur pied, parler de la dissolution de l’Assemblée nationale relève de l’utopie.

Lalibre afrique

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