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L’information a circulé tout le week-end dans le landerneau politique de la RDC et certains journaux (écrits et en ligne) en ont fait leur manchette lundi matin : une pétition appelant la chute du Bureau de l’Assemblée nationale serait en circulation et aurait déjà, à en croire certaines sources, récolté plus de 200 signatures. Cette information qui pourrait être banale en temps normal (les pétitions en RDC étant monnaie courante) prend une tout autre allure lorsqu’on apprend que les députés signataires de ladite pétition empocheraient 7000$ chacun et que la collecte des signatures intervient dans un contexte politique délétère où la crise entre le Cach et le FCC semble avoir atteint son point le plus culminant.

En effet, alors que la rumeur d’une dissolution de l’Assemblée nationale circulait dans toutes les artères de Kinshasa, le Président de la République  s’est adressé à la nation au cours d’un message radio télévisé. Dans son message qui a duré moins de 8 minutes, Félix Tshisékédi évoque les limites de la coalition au pouvoir et annonce sur un ton empreint de menace des consultations à l’issue desquelles il prendrait des décisions grave qui n’excluraient aucun cas de figure. C’est donc dans ce contexte déjà suffisamment tendu et alors que les spéculations vont bon train quant aux décisions que pourrait prendre le Chef de l’Etat qu’intervient la fameuse pétition qui pour le moins suscite deux interrogations majeures : Qui en veut à Jeanine Mabunda et pourquoi ?


Jeanine Mabunda, pas que des amis


Quand on a le parcours professionnel et politique de Jeanine Mabunda, il va de soi qu’on ne peut pas avoir que des amis, au contraire. Mais si on veut comprendre l’origine de la pétition, on s’arrêtera simplement à quelques-uns de ses faits d’armes depuis son arrivée au perchoir de l’Assemblée nationale. On se souvient par exemple qu’en Février dernier, alors que le Chef de l’État, en visite à Londres, venait d’évoquer la dissolution du Parlement, la Speaker de la Chambre basse s’était fait le devoir de rappeler les dispositions constitutionnelles qui traitent de la dissolution de l’Assemblée nationale. Cette mise au point que certains journalistes avaient maladroitement assimilé à un recadrage, avait suscité le courroux des partisans de Félix Tshisekedi qui voyaient là, ni plus ni moins, qu’un manque de respect vis-à-vis de leur champion.


Quelques semaines plus tard, toujours suite à une pétition initiée par le député MLC Jean Jacques Mamba, la plénière va décider de la déchéance de Jean Marc Kabund du poste de 1erVice-président de l’Assemblée nationale. Les militants de l’Udps dont Jean Marc Kabund est le Président ai vont accuser la Speaker d’être l’instigatrice de ladite pétition et feront chorus avec leur président qui va crier à hue et à dia qu’il se vengera non seulement de Mabunda mais de tout le bureau de l’AN. Depuis lors, il a  plusieurs fois tenté de mettre sa menace à exécution sans succès jusque-là. Plusieurs épisodes vont animer cette série au vinaigre entre Jeanine Mabunda et les militants de l’Udps, ces derniers n’hésitant pas à faire usage de violence physique et verbale, vouant l’élue de Bumba à toutes sortes de gémonies.


La goutte d’eau qui fait déborder le vase est à n’en point douter la récente prestation de serment de trois juges constitutionnels, dont la cérémonie a été boycottée par les présidents des deux chambres et les membres du corps diplomatiques. Quelques jours avant, Jeanine Mabunda et Alexis Thambwe Mwamba du Sénat avait rencontré le Président de la République pour lui expliquer qu’ils ne comptaient pas organiser la cérémonie de prestation de serment des juges car leur nomination était en violation de la Constitution. Pour Félix Tshékédi et les siens c’est l’affront de trop et une « Fatwa » est lancée contre les présidents des deux Chambres du Parlement.

En définitive, Jeanine Mabunda n’est coupable que de son attachement aux principes démocratiques, aux valeurs républicaines et au respect des textes de la République.

Cupidité, couardise et ingratitude

Voilà les ingrédients qui nourrissent la pétition qui vise Mabunda et son Bureau. Les informations puisées à bonne source affirment que le Président Tshisékédi est lui-même à la manœuvre et aurait débloqué la bagatelle de 5millions de Dollars américain pour l’opération. 14 000$ par députés signataires (7000 à la signature et le solde si l’objectif est atteint) et ils seraient plus d’une centaine qui n’ont pas hésité à se saisir de cette manne présidentielle. Désormais Mabunda et son bureau doivent tomber quoiqu’il en coûte. Ce Parlement qui penche majoritairement vers le FCC dérange. Il faut le recomposer… que dis-je, le tailler à la mesure du Prince. Le prix d’un Parlement est désormais connu : 5 Millions de Dollars américains ; pas cher payé quand on connait les desseins du commanditaire.

Cependant, comment comprendre que les députés nationaux (une minorité bien entendu) en soient arrivés là ? Mabunda est un acteur politique majeur en RDC et comme nous le savons tous, on ne peut pas être une sainte et être à ce niveau. Du coup, que ses adversaires politiques la détestent est tout à fait compréhensible, mais que les députés pour lesquelles elle se bat bec et ongles lui en veuillent est complètement incompréhensible. A moins d’être d’une mauvaise foi olympique, on ne peut oublier que la Présidente de l’Assemblée nationale a récemment été insultée parce qu’elle réclamait au Gouvernement un réajustement légitime  de 2000$ sur la rémunération des députés.  On sait également que malgré les retards du gouvernement à disponibiliser les enveloppes destinées au fonctionnement et aux rémunérations des députés, le Bureau a toujours pris des dispositions pour que l’institution et ses animateurs tournent. On parle de cette dame qui a priorisé le fonctionnement de la Chambre basse à l’achat de véhicules rutilants pour elle-même et ses collègues du Bureau. Les députés doivent être d’une mauvaise foi olympique pour ne pas reconnaitre que les efforts sont faits par l’actuel Bureau pour l’amélioration de leur social. Les agents de l’administration aussi perçoivent les efforts que fait le Bureau pour l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. A partir de là, on comprend aisément que les griefs portés contre la Présidente et son Bureau ne sont pas liés à son bilan amis plutôt aux guéguerres politiques.


Ce serait pourtant une grosse méprise de penser que la chute de Mabunda et de son Bureau serait sans conséquences. Près de 300 Députés nationaux ont récemment réaffirmé leur soutien à leur Bureau à travers une contre pétition qui a été lancé à cet effet dimanche. Le FCC a lui aussi témoigné son total soutien à la Présidente de l’Assemblée nationale ainsi qu’une trentaine d’organisations de la société civile et d’associations des femmes se sont insurgées contre la cabale dont le Bureau de l’Assemblée nationale est actuellement victime.

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