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(Par Félix Kalala Mwanza : Analyste politique, Libre Penseur)

Personne ne dira mieux là où s’impose la pertinence de l’anecdote du serpent et du crapaud : « Voyant qu’un serpent s’était enroulé au cou de son fils, un Chef de famille demanda qu’on lui apportât la machette pour tuer la bête. Sa femme, réagissant à cette folie, lui parla avec douceur : « la machette qui va tuer le serpent, c’est la même qui va couper la tête de l’enfant ».Elle lui proposa de jeter un crapaud sur la scène du drame pour appâter le géant reptile. Ce dernier libéra l’enfant pour aller vers l’amphibien. Et l’expérience ne tarda pas à produire avec succès les effets escomptés. Il semble que c’est de la même femme bien inspirée qu’est venu l’adage selon lequel : « On ne peut pas jeter l’enfant avec l’eau de bain ».


Ainsi, face à celui qui voulait précipiter la RDC dans les tourments d’une guerre indicible, et tant qu’il n’ avait rien à perdre en bloquant systématiquement le bon fonctionnement de l’ appareil étatique en vertu d’une coalition hypocrite, il semble que pour sauver le pays, la méthode du serpent et du crapaud était la mieux indiquée pour Félix en vue de se débarrasser intelligemment de la cohorte de gens mal intentionnés. Celui qui troque le frivole contre l’essentiel, n’en sort jamais perdant. Tel est le principe du « Qui perd-gagne » dans les techniques des négociations telles qu’enseignées dans les bonnes académies de la diplomatie.

Place à l’Union sacrée

Il est donc à comprendre que Félix TSHISEKEDI, ne jurant que par la paix, n’avait aucun intérêt de troubler la tranquillité des mers pour mener à bon port les cargaisons de son mandat quinquennal. D’où, toute l’importance de relativiser la compréhension de « l’alternance pacifique » qui, vraisemblablement, n’était que le langage diplomatique de celui qui voulait en finir bonnement avec le belliciste qui ne voulait quitter le pouvoir qu’avec une balle dans la tête.

En République Démocratique du Congo, les clichés sont déjà établis, et les carottes bien cuites pour l’ancien régime : «Joseph Kabila ne sera plus jamais président de la RDC », entend-on dire non sans raison. Mais, ses oilles continuent à y croire dur comme fer. Leurs galéjades sont, malheureusement, aussi soutenue par certains constitutionnalistes véreux qui pensent mieux faire en tentant de lire les textes juridiques avec les lunettes partisanes. Aussi est-il important de rappeler que leur roublardise ne date pas de la dernière pluie.


Dans ses refrains les plus lugubres, le dauphin du Rais n’en démord pas : « Celui qui a la Cour Constitutionnelle et la CENI a tout le pouvoir », comme on l’entend piper. A-t-il peur du retour de la manivelle ? Rien n’est moins sûr ! Dans ce cas, même la superstition la plus vile lui est permise, pour autant que sa survie politique en dépend.

En gros comme en clair, l’actuel Chef de l’Etat avait déjà conscience de la mauvaise qualité des élections de Décembre 2018. Au cas contraire, il aurait logiquement la majorité écrasante selon même tous les résultats des maisons de sondage à l’interne comme à l’externe. Plusieurs fois, on l’avait entendu dénoncer la corruption à outrance ayant caractérisé ces scrutins scabreux. Comme quoi, les reformes à réaliser au sein de la Commission Electorale Nationale Indépendante et de la Cour Constitutionnelle, occupaient depuis toujours une place de choix dans ses préoccupations majeures en tant que garant du bon fonctionnement des institutions.

Concernant cette coalition expérimentale, les observateurs sachant lire objectivement l’actualité politique, avaient déjà tous les éléments d’analyse pour comprendre la félonie du régime précédent qui, pendant 18 ans de règne, s’évertuait à instrumentaliser les institutions d’appui à la démocratie. Les mauvais penalties dont parlait Moïse KATUMBI n’étaient pas de simples figures de style. Bien au contraire !

« Chasser le naturel, il revient au galop », dit-on. Avec un bilan largement négatif, ceux dont la gestion a été décriée, affichaient encore et curieusement, leur appétence de revenir aux affaires en galvaudant la compréhension des textes juridiques et en brouillant les cartes des négociations selon le diktat de leur boulimie voulant tout ramener au niveau de leur nombril.

Il y avait donc à comprendre que les querelles intestines observées depuis longtemps au sein de la coalition FCC- CACH étaient symptomatiques d’un malaise lié au choix des animateurs des institutions d‘appui à la démocratie, de la Cour Constitutionnelle, de la diplomatie, de la territoriale, etc.

Aucune nomination ne devrait se faire sans demander l’avis du FCC, et tout devrait faire l’objet des négociations.

Pour le moins, les mises en place dans l’armée et la magistrature avaient fait l’effet d’un uppercut dont seuls les boxeurs peuvent s’imaginer l’intensité lorsque le coup est administré avec la dernière énergie. Collette BRACKMAN du journal « Le Soir » avait déjà eu les mots justes pour décrire la stratégie bien peaufinée par Félix TSHISEKEDI pour s’échapper du filet de l’oiseleur et regagner sa marge de manœuvres.

Sa dernière sortie politique annonçant la mise sur pied d’une union sacrée pour la nation vaut aussi pour mettre en exergue la personnalité d’un homme pas facilement manœuvrable et qui ne compte pas rééditer les spectacles désolants selon qu’il tient à la qualité de son bilan à présenter au peuple congolais.


A propos de la fameuse alternance pacifique si longtemps claironnée, l’actuel Chef de l’Etat courait- il le risque de s’auto-disgracier à force de flatter continuellement son prédécesseur dans le sens du poil ? Devait-il, au nom d’un engagement politique, continuer à donner de la matière à ceux qui pensaient, à tort ou à raison, que l’actuel pouvoir est un marché conclu entre lui et Joseph Kabila ?

L’arroseur arrose’ ?

L’homme ne donnant que ce qu’il a, on a vu le régime déchu à l’œuvre dans une complicité ouverte avec la CENI quant à l’usage de la machine à voter pour pousser le camp adverse au boycott. Les bons lecteurs de l’histoire récente de Joseph Kabila connaissent l’homme sous son identité en tant que spécialiste en débauchage et en techniques de doublure des partis et regroupements politiques. Il est donc mal positionné pour s’ériger en donneur des leçons tant qu’on n’est pas loin de la logique du voleur volé ou de l’arroseur arrosé.

On n’en dira pas non plus assez en évoquant l’instrumentalisation et la manipulation dont les cours et tribunaux faisaient l’objet pendant tout le règne de Joseph Kabila, foulant ainsi aux pieds le sacrosaint principe démocratique de la séparation des pouvoir selon la théorie de Montesquieu.

Quant aux confessions religieuses, on pouvait bien parler d’une histoire d’un vieil amour que certains « pasteurs » décrivent sans froid aux yeux lorsqu’il leur est donné de passer dans les médias. Depuis feu Monsieur l’Abbé MALU-MALU, en passant par le pasteur Ngoy MULUNDA jusqu’à la dernière aventure de Corneille NANGAA, les confessions religieuses, en plus d’avoir longtemps abusé de la confiance de la population, ont largement montré leurs limites.

Ainsi, vouloir soumettre encore et toujours l’administration électorale au leadership des confessions religieuses ou de quiconque se réclamerait de ces obédiences déjà gangrénées par le mercantilisme, c’est exhumer le débat de la crédibilité, de la transparence et de l’inclusivité du processus électoral. A l’évidence, aucun congolais n’est plus disposé à admettre que l’organisation des élections en RDC soit éternellement l’affaire des confessions religieuses.

Par ailleurs, on avait souvent entendu Félix TSHISEKEDI dire qu’il n’avait aucun intérêt de créer une crise ni de fouiner dans le passé pour y trouver de quoi troubler les eaux tranquilles, en vue de mener à bon port les cargaisons de son quinquennat. Ses faits et gestes le prouvaient à suffisance, non sans lui valoir de la part de ses pires pourfendeurs, la réputation d’un faiblard et d’un pantin à qui tout est dicté par son prédécesseur. Erreur ! Ils oubliaient que la diplomatie a son langage et les négociations ont leurs techniques. L’actuel Chef de l’Etat semblait avoir déjà choisi le « Qui perd-gagne » pour bien tirer son épingle du jeu.


Déjà, lors de sa première allocution devant le congrès, Félix n’avait pas côtoyé le dos de la cuillère pour trancher net sur certaines questions qui inauguraient les grands débats dans plusieurs salons politiques, surtout concernant une éventuelle candidature de Joseph Kabila aux élections de 2023. « Aucune disposition verrouillée et intangible de la constitution ne sera touchée », avait-il martelé non sans faire allusion aux incongruités qui avaient caractérisé les élections des Gouverneurs des provinces et des sénateurs. Inutile de rappeler qu’une corruption ostentatoire et plus ou moins pathologique avait prévalu pour justifier le mandat de ceux qui se pavanent d’avoir la majorité parlementaire.

Selon le pilote de la nouvelle dispensation politique, il était important et urgent que le système électoral en RDC soit revisité et repensé de manière à l’adapter aux besoins de la commodité gouvernementale et de la stabilité des institutions. Au nombre des priorités, il avait aligné le mode du scrutin indirect qui devait être remplacé par le scrutin direct pour ainsi donner à la population l’occasion d’avoir, par un suffrage objectivement octroyé, des gouverneurs et des sénateurs reflétant l’expression de son libre choix. La problématique du second tour aux élections présidentielles à deux tours n’avait pas non plus échappé à l’agenda prévisionnel du nouveau Chef de l’Etat.

QUE CONCLURE ?

« Le roi David se leva sur ses pieds et dit : Ecoutez-moi, mes frères et mon peuple ! J’avais l’intention de bâtir une maison de repos pour l’arche de l’alliance de l’Eternel et pour le marchepied de notre Dieu, et je me préparais à bâtir. Mais Dieu m’a dit : Tu ne bâtiras pas une maison à mon nom, car tu es un homme de guerre et tu as versé du sang ». (1 Chroniques 28 : 2-3)

Comme dit dans plusieurs analyses précédentes, toute crise créée volontairement ou non, dans cette configuration politique, ne fera aucun sou de bénéfice à JKK. Bien au contraire, ses lieutenants, comme organisés dans une collusion, ont, pendant longtemps travaillé pour provoquer une collision, pire une confusion. Mieux valait s’y attendre. On les entendait claironner sur tous les toits : « La RDC est une propriété privée de Joseph Kabila… Si Félix est au pouvoir, c’est par la volonté de Joseph Kabila, et non par celle de la CENI »,…Autant de balivernes plusieurs fois débitées par la KABILIE et bien corroborées par l’existence d’un accord secret dont seuls Kabila et son camp connaissent les tenants et les aboutissants.

Etant maintenant plus ou moins conscients que le pouvoir absolu leur a déjà échappé, ceux qui ont échoué de maintenir JKK au pouvoir doivent se renseigner davantage pour une technique miraculeuse en vue de réaliser l’exploit de l’y reconduire.

De ce point de vue, la cause semble déjà perdue. Comme poussés par l’énergie du désespoir, les voilà dans une série de rencontres teintées de déclarations incendiaires. Ce qui n’est pas le contraire des soubresauts d’un serpent mourant qui tente de faire bouger sa queue de survie.

Les juristes véreux et obnubilés par la partisannerie et le fanatisme, continuent malheureusement à se déculotter au mépris de l’objectivité scientifique en optant pour l’interprétation erronée des textes de lois. Le comble, c’est qu’ils ignorent que la substance de la politique n’est pas que juridique, mais un mixage de plusieurs sciences où la sociologie politique et la psychologie sociale sont de grands déterminants dans la définition de la légitimité d’un pouvoir.

(Par Félix Kalala Mwanza : Analyste politique, Libre Penseur)
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