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En République démocratique du Congo (RDC), l'opposant Félix Tshisekedi a dit « oui » dimanche, puis « non » lundi au choix de Martin Fayulu comme candidat unique de l'opposition. Mais pour l'universitaire belge d'origine congolaise Bob Kabamba, cela n'ouvre pas nécessairement un boulevard au candidat du pouvoir, en vue de la présidentielle du 23 décembre.



M. Kabamba est l'invité de RFI.

RFI : Vendredi dernier, quand le conclave de Genève a commencé entre les sept leaders de l’opposition, beaucoup voyaient Félix Tshisekedi comme le favori. Pourquoi est-ce finalement l’outsider Martin Fayulu qui a été désigné dimanche 11 novembre ?

Bob Kabamba : Dans un premier temps, il faut bien se rendre compte que l’UDPS, avec Félix Tshisekedi, avait déjà posé certains actes et avait déjà fait certaines déclarations qui allaient à l’encontre de la dynamique générale de l’opposition, notamment sur la question des machines à voter et aussi à ne pas appeler les Congolais à aller manifester, justement, contre cette machine à voter. Et ce fait avait déjà révolté une bonne partie des leaders de l’opposition qui soupçonnaient, à tort ou à raison, l’UDPS de commencer à vouloir « fricoter » avec le pouvoir en place.

Mais ce dernier sondage du Bureau d’études de Bercy donnant Félix Tshisekedi favori d’une élection à un seul tour avec 36 % des suffrages, n'était-ce pas quand même un paramètre qui pouvait peser pendant ce conclave?



Le paramètre qui pouvait compter pour le conclave, c’est aussi la capacité de pouvoir « rassembler » les différents blocs qui existent au niveau du Congo. Et la crainte, aussi, de ces différents leaders qui ont choisi Martin Fayulu a été de voir effectivement que Félix Tshisekedi aura des difficultés à pouvoir rallier toutes les régions et de rallier toutes les options de l’opposition au sein d’une seule dynamique. Puisque plusieurs fois, l’UDPS a toujours été accusé de vouloir à chaque fois mener cavalier seul et que tous les autres doivent être derrière le leadership de l’UDPS, cet état de fait ne semble pas avoir l’assentiment des autres leaders. Et donc cet élément, je pense aussi, a pesé pour la désignation de Martin Fayulu. En optant pour quelqu’un qui est le plus petit dénominateur commun, cela permettait aux autres leaders de pouvoir garder une certaine surface. De garder une certaine assise qui leur permettait de pouvoir mieux contrôler ce candidat qui, à première vue, paraît plus faible que les autres.



Dès l’annonce du choix de Martin Fayulu le 11 novembre, les militants UDPS sont descendus dans la rue pour protester. Est-ce que c’était prévisible ?

C’était tout à fait prévisible et l’on pense même que c’était déjà préparé, du fait que beaucoup de militants étaient déjà convoqués au siège du parti pour pouvoir manifester. On a l’impression, effectivement, que Félix Tshisekedi savait très bien qu’il n’allait pas être désigné leader de l’opposition et cherchait à avoir un moyen échappatoire pour ne pas s’engager dans cet accord de Genève.

Une autre hypothèse est que Félix Tshisekedi était sincère dimanche, mais que lundi, il a été soumis à très forte pression par une base qui menaçait de le destituer.

Lorsque vous êtes en désaccord ou que vous avez deux visions politiques qui ne s’accordent pas, où le président du parti démissionne, où la direction du parti de l’UDPS a démissionné et le fait de ne vouloir pas démissionner et de pouvoir dénoncer ce désaccord. Le plan de l’UDPS était d’aller seul aux élections, comme il l’avait déjà menacé depuis quand même plusieurs jours.

« On n’a pas fait trente-six ans de lutte pour une simple alternance, mais pour conquérir le pouvoir ! », a clamé un militant UDPS anti-Martin Fayulu. N’est-il pas naturel que le parti le plus fort de l’opposition veuille que son champion soit candidat tout de même ?



Ils avaient eux-mêmes déjà accepté d’aller dans une dynamique d’une candidature commune.

Mais dans un pays comme le Congo Kinshasa, où depuis 1965 beaucoup de pouvoirs sont concentrés dans les mains d’un seul homme, le président de la République, n’est-il pas normal que le parti d’opposition le plus ancien et le plus puissant mette son champion comme candidat à ce poste ?

Si l’UDPS se sentait suffisamment fort pour pouvoir aller seul aux élections et de pouvoir les gagner, rien ne poussait l’UDPS à pouvoir entrer dans cette dynamique avec les sept autres leaders politiques. Il pouvait y aller tout seul et être sûr à ce moment-là de pouvoir l’emporter le 23 décembre.



Peut-être que l’UDPS, fort de son ancienneté, du nombre de députés à l’Assemblée nationale, des sondages qui lui sont favorables, peut-être l’UDPS entrait-il dans ce conclave avec l’espoir que son champion serait désigné candidat unique ?

Oui. Il y a aussi une autre dimension qu’il ne faut pas oublier, c’est que les campagnes électorales en République démocratique du Congo coûtent assez cher. Un parti politique qui veut gagner ses élections doit avoir suffisamment de moyens financiers. Et comme l’UDPS ne les a pas, j’imagine aussi que cela a été une motivation de pouvoir bénéficier des contributions de tous les leaders de l’opposition pour mener cette campagne.



Est-ce que le grand gagnant de cette volte-face n’est pas le candidat du pouvoir Ramazani Shadary ?

Tout va dépendre de ce que Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi vont pouvoir faire dans les jours qui viennent. Si ces deux leaders hors-jeu décident quand même d’apporter leur soutien à Martin Fayulu, Martin Fayulu peut quand même arriver à être un candidat farouche vis-à-vis du candidat de la majorité. Et la candidature de Martin Fayulu, appuyée par Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi, mettrait en difficulté la candidature de Félix Tshisekedi et encore plus celle de Vital Kamerhe dans l’est du pays.



Donc pour vous, l’échec de cette candidature unique c’est plus la faute des opposants peut-être un peu jaloux de l’avantage présumé de Félix Tshisekedi à l’Assemblée nationale et dans les sondages ou est-ce plus la faute de Félix Tshisekedi ?

La réponse, c’est qu’avec la candidature de Félix Tshisekedi, les autres leaders de l’opposition auraient eu moins de voix au chapitre. Et de fait, leurs egos auraient été moins pris en compte si c’était Félix Tshisekedi qui était désigné candidat de l’opposition. Et donc, ce sont les egos des uns et des autres, de mon point de vue, qui sont à la base de cet échec.
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