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* « Pourquoi serions-nous absolument obligés de calquer notre schéma politique sur celui d’une culture qui nous est étrangère ? », s’interroge Jean-Pierre Kambila.

Alors que, campagne électorale oblige, les passions s’aiguisent, les esprits s’échauffent et le tissu social s’en trouve menacé, un acteur politique doublé d’analyste tire la sonnette d’alarme et remet sur le tapis la nécessaire adaptation de la démocratie à l’occidentale aux réalités socio-culturelles congolaises. Débat de fond dont la RDC ne saurait faire l’économie. Au risque de voir un jour les urnes se transformer en cercueil de l’unité nationale. " Forum des As " publie l’intégralité de la tribune signée par Jean-Pierre Kambila Kakwende.

Les élections dans le système démocratique, avec leur aspect de compétition qui se termine avec des gagnants et des perdants, donnent à l’opération du choix des dirigeants une allure de belligérance inquiétante.

Nous sommes obligés de constater que ce côté "hostilité" s’accentue dangereusement dans notre contexte politique et culturel particulier.
Pourquoi et comment en sommes-nous arrivés à cette extrémité ? Le changement ou le maintien des autorités doit-il forcément exacerber les antagonismes au point de mettre toute la société dans une atmosphère de veille de guerre civile ?
Hors de toute spéculation ou analyse théorique, c’est ce que le peuple congolais expérimente aujourd’hui.Des menaces de toute nature sont légion dans les réseaux sociaux. Des dépôts de matériel électoral sont, comme promis, incendiés.Des militants des partis politiques subissent des agressions pour le simple fait d’avoir porté le T-shirt d’un adversaire. Des journalistes se spécialisent dans l’insulte et la diffamation des dirigeants avec lesquels ils sont en désaccord. Comble de la perversion, des dirigeants des coalitions politiques simulent d’être victimes d’agression pour trouver l’occasion d’appeler à la rescousse l’intervention des troupes étrangères.
Avons-nous vraiment compris la démocratie, ce système qui veut que le peuple,lui-même, désigne paisiblement ceux qui seront appelés à le diriger ?
Il faut d’abord constater que la notion de la compétition, pour la maîtrise du pouvoir politique étatique au travers d’une sorte de concours dont le sort est réglé par le nombre de voix qui s’expriment en faveur des candidats inscrits à cette confrontation, n’est pas une pratique ancrée dans nos contrées. En effet, les premières élections de ce type n’ont eu lieu sur notre territoire que vers la fin des années 50 du siècle passé. De plus, depuis la démocratisation de notre pays, nous n’en sommes encore qu’au troisième cycle électoral. C’est dire que la notion, en elle-même, n’est pas encore véritablement installée dans notre culture politique.
Par ailleurs, je crois savoir que la voie du dialogue conduisant au consensus, obtenue après de longs débats successifs, était la plus empruntée dans nos différents systèmes.
Le moment n’est-il pas venu de s’interroger courageusement sur ce système politique et de faire usage, sans complexe, de l’esprit critique qui doit animer quiconque se déclare intellectuel, sur l’universalité de la démocratie occidentale elle-même ainsi que sur les efforts que nous déployons pour adapter ce système à nos réalités sociales et, notamment, à nos conceptions culturelles actuelles ? J’irai même plus loin en me montrant plus audacieux : pourquoi serions-nous absolument obligé de calquer notre schéma politique sur celui d’une culture qui nous est étrangère ?
Un premier défaut semble s’imposer dans nos esprits depuis l’installation de la 3ème République : chaque élection présidentielle apparaît comme une confrontation opposant l’Est à l’Ouest du pays. En maintenant et propageant cette conviction, l’élection présidentielle s’avèrera, dès lors, comme un moment de risque important d’éclatement de la nation congolaise. Bien évidemment que des régions entières ont, par le passé, voté en faveur des candidats issus d’une autre aire linguistique ; mais ceci ne semble pas dissuader les politiciens véreux et, spécialement ceux liés aux promoteurs de notre balkanisation, d’insister sur le fait qu’il faudrait se méfier du ou des candidats venus d’ailleurs. Pour une nation encore en construction, ce danger n’est pas à négliger.
Un autre aspect de cette compétition,chez nous, est qu’elle apparaît comme le moment décisif, pour quelques politiciens, de profiter del’occasionpour s’installer durablement dans une position dirigeante et lucrative sans obligation à un grand investissement dans le travail et, qui plus est, sans se soumettre à l’obligation de rendre des comptes. Certes, l’expérience des dernières années a montré que le peuple n’est pas dupe, puisque seul un pourcentage réduit des députés est reconduit dans l’hémicycle. Il y a ici la preuve que le peuple sanctionne comme il se doit. Mais, qui remplacent les sanctionnés ?
L’observation des caractéristiques des candidats actuellement en lice aboutit au constat selon lequel le métier de parlementaire risque d’être littéralement envahi par des personnalités dont le seul atout est d’être populaire sur le plan artistique, sportif, associatif ou autres, bien éloigné de ce que la théorie démocratique entend de la fonction parlementaire.
Sous nos cieux et de nos jours, on ne se présente pas à une élection législative parce que l’on s’estime porteur des valeurs et des compétences nécessaires à cette fonction sociale difficile, mais parce que l’on se considère comme suffisamment connu pour convaincre, mieux séduire ses différents " fan-club". Ainsi, la question n’est plus celle de l’idéologie à défendre, du programme à présenter, ni des compétences à démontrer, mais seulement celle de la capacité à organiser des bandes capables, par la ruse, l’argent et la force brutale, d’imposer son point de vue, son image et son autorité. Bref, le combat politique n’a plus pour objet de transformer la société en vue de l’améliorer, mais plutôt d’imposer le profit de quelques-uns.
Dès lors, il faut accepter que, soit nous sommes très éloignés de la démocratie telle qu’elle se définit elle-même, soit nous refusons d’adapter ce système difficile à ce qu’est véritablement notre psychologie sociale.

LE VOTE N’EST PAS UNE GUERRE
Dans ce combat, il faut montrer que ceux qui nous poussent à adopter la démocratie occidentale, en toute vitesse, dans tous ses compartiments, en font usage comme d’un piège. Sachant nos comportements encore éloignés de ce qu’exige ce système, ils nous entraînent dans cet exercice pour pouvoir souligner nos défauts, nos faiblesses et, ainsi, nous opposer les uns aux autres. Ceci leur permet de manipuler les plus idéologiquement faibles d’entre nous afin de pouvoir accentuer leur domination et, enfin, disloquer la nation congolaise dans le but de mieux tirer profit des richesses de notre sol.
Evitons donc de tomber dans le piège de considérer la démocratie à l’occidental comme une panacée que nous devons adopter dans tous ses aspects tout de suite et, surtout, refusons de nous laisser amadouer par ceux qui prétendent mieux connaître le système pour nous entrainer dans des confrontations démesurées.
En saine démocratie, les élections ne sont pas une guerre. Les élections ne représentent que le moment de choisir ceux qui, pendant une période définie, auront la responsabilité de la conduite de la nation.
Dans la confrontation actuelle dans notre pays, seul le candidat du FCC est outillé à faire face à l’énorme pression qu’exerce sur nous les politiciens occidentaux.
Jean-Pierre Kambila Kankwende
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