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La Cour constitutionnelle de la République démocratique du Congo (RDC) doit commencer à examiner mardi le recours contestant les résultats de la présidentielle du 30 décembre introduit par l'opposant Martin Fayulu, qui espère ainsi rétablir "la vérité des urnes".

"La Cour constitutionnelle va commencer à examiner le recours de Martin Fayulu demain [mardi] à partir de 09H30 [même HB]", a déclaré un attaché de presse au cabinet du président de cette Cour, Baudouin Mwehu, à l'AFP. Les audiences devraient être publiques et radiotélévisées.

Le candidat malheureux à la présidentielle conteste les résultats provisoires publiées par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), proclamant un autre opposant, Félix Tshisekedi, vainqueur de la présidentielle avec 38,57 % des voix et le créditant de la deuxième place avec 34,8 % des suffrages.

Il a immédiatement dénoncé un "putsch électoral" du président sortant, Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, avec la "complicité" de Félix Tshisekedi, et a ensuite revendiqué la victoire avec 61 % des voix. "Ce que nous attendons de la Cour constitutionnelle, c'est le rétablissement de la vérité des urnes", a déclaré lundi l'un des avocats de Martin Fayulu, Albert Fabrice Puela. "Le résultat proclamé par la Ceni est une forfaiture", a-t-il ajouté.

Mise en doute

L'Église catholique, qui affirme avoir déployé 40.000 observateurs le jour du scrutin, a également mis en doute le résultat annoncé. Elle a souhaité que le Conseil de sécurité de l'ONU demande à la Ceni la publication des procès-verbaux de la présidentielle.

La Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) a suggéré dimanche qu'un recomptage "permettrait de rassurer à la fois les vainqueurs et les perdants". Soucieuse de ne pas paraître trop s'ingérer dans les affaires d'un de ses États membres, elle a toutefois précisé lundi qu'il revenait évidemment aux autorités compétentes congolaises d'en décider ainsi.

Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, a approuvé lundi l'idée d'un recomptage. Il importe de procéder à une "publication des procès-verbaux", ce qui signifie "presque la même chose" qu'un recomptage des voix, a-t-il déclaré devant la presse. "Si ce recomptage est une décision de la Cour constitutionnelle, l'UDPS (l'Union pour la démocratie et le progrès social) l'acceptera. Mais nous n'attendons pas que ce recomptage des voix soit imposé par des États étrangers", a répondu un porte-parole de Félix Tshisekedi, Vidiye Tshimanga, lors d'une conférence de presse.

Selon la loi électorale congolaise, le recomptage des voix relève "du pouvoir d'appréciation du juge" et constitue une "mesure extraordinaire d'instruction à laquelle le juge peut recourir après avoir épuisé toutes les autres vérifications d'usage".

Problème de neutralité de la Cour constitutionnelle

La Cour constitutionnelle est largement considérée comme étant acquise à Joseph Kabila. En avril, deux juges considérés comme plus indépendants avaient démissionné. Pour les remplacer, le président avait notamment nommé l'un de ses anciens conseillers juridiques, Norbert Nkulu Kilombo.

Plus haute juridiction du pays, la Cour constitutionnelle est composée de neuf membres et est chargée de trancher les contentieux électoraux. Elle a huit jours pour rendre sa décision à partir du dépôt, vendredi, du recours de Martin Fayulu.

Le camp Fayulu ne se fait pas d'illusion sur son impartialité, mais veut tout de même croire qu'elle sera capable de s'émanciper. "Nous savons que c'est sa cour [à Kabila]", a reconnu lundi l'un des adjoints de l'opposant, Matthieu Kalele Ka-Bila, auprès de l'AFP. "Mais nous avons aussi des cas qui nous permettent de dire que [dans] cette cour là, les gens qui la composent peuvent dire le droit", a-t-il ajouté, évoquant le cas kényan.

En 2017, la Cour suprême kényane avait invalidé le résultat de l'élection présidentielle, une première en Afrique. "La Cour que nous avons ici, malgré les injonctions, avec la pression de la population, avec la pression de la conscience de [ses] membres peut se dédouaner et dire la vérité", a-t-il espéré.

Kabila toujours leader à l'Assemblée nationale

À l'Assemblée nationale, les forces favorables à Kabila, au sein de la coalition du Front commun pour le Congo (FCC), ont obtenu une large majorité, en empochant plus de 350 sièges sur 500 que doit compter au total l'assemblée, selon le gouvernement. L'opposition dénonce toutefois un chiffre farfelu, incompatible avec le résultat de la présidentielle.

La RDC a un régime semi-présidentiel où le Premier ministre doit sortir des rangs du groupe majoritaire à l'Assemblée. Félix Tshisekedi, qui obtiendrait une cinquantaine d'élus à la tête de la coalition Cap pour le changement (Cach), devrait ainsi être contraint à une cohabitation avec les partisans de Joseph Kabila.

L'éventualité d'un gouvernement d'union nationale a été évoquée par la SADC, mais cette option est complètement rejetée par Martin Fayulu. "Nous ne sommes pas intéressés aujourd'hui", a assuré M. Kalele Ka-Bila. "Nous avons gagné les élections. Celui qui a gagné les élections constitue son gouvernement".




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