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De passage à Bruxelles, en Belgique, le sénateur Modeste Bahati Lukwebo, a accordé une interview sur FrancisTV et Medias Plus TV. Au cours de cet entretien, le sénateur Bahati Lukwebo est revenu essentiellement sur la santé politique actuelle de l'AFDC (Alliance des forces démocratiques du Congo), son parti politique, sur son long et élogieux parcours politique, ainsi que sur, dit-il, les injustices que le FCC fait subir à son regroupement politique ADFC-A pour avoir osé porter sa candidature au poste de président du sénat.
S'il faut vous présenter, comment vous allez vous présenter, vous qui n'êtes plus à présenter ?
Je m'appelle Modeste Bahati Lukwebo. Je suis professeur d'université. Je suis titulaire des cours de comptabilité des entreprises à succursales multiples, des assurances.
Je suis sur la scène politique depuis plusieurs années. Notre apprentissage a commencé à la Conférence nationale souveraine (CNS) où j'étais 1er vice-président à la Commission finances, banque, monnaie et crédit. J'étais l'adjoint d'Albert Ndele qui fut le premier gouverneur de la Banque centrale du Congo.
Après le passage remarquable à la CNS où la Société civile a joué un grand rôle, nous avons participé aux différents parlements de transition, le HCR, où j'étais président de la Commission économique et financière, qu'on appelle la Grande commission.. Après, c'était le HCR-PT (Haut conseil de la République -Parlement de transition, NDLR), qui était la fusion du parlement issu de la CNS et de l'ancien Conseil législatif. Cela, après le passage de M. Lakdar Brahimi, venu reconcilier la classe politique. Ensuite, on a mis sur pied un gouvernement d'union nationale dans lequel la Société civile avait 3 postes. J'avais occupé le poste de ministre du Budget sous la direction du Premier ministre Léon Kengo wa Dondo. Après le Budget, j'ai été ministre de la Fonction publique. Mais avant cela, j'avais exercé les fonctions d'Administrateur directeur commercial de la Banque de crédit agricole.
Il y a eu la guerre en 1996 qui a entraîné le changement de régime. La Société civile a organisé un colloque au Centre Nganda sous la démocratie et la paix. Cela a été mal compris par le nouveau régime qui nous a jetés en prison pendant 8 mois.
A la sortie, j'ai été applelé par Mzee Kabila pour travailler avec M. Mwenze Kongolo à la Commission des réformes institutionnelles près la Présidence de la République. On est passé au Débat national avec feu Yerodia Ndomabasi, d'heureuse mémoire où j'étais Trésorier général. Mais puisque certaines personnes ne voulaient pas de ce Débat, on est allé au Dialogue intercongolais où nous avons joué le rôle de porte-parole adjoint de la Société civile.
J'ai été désigné P.-D.G la Sonas avant de démissionner pour aller me présenter comme candidat aux élections au Sud-Kivu, à Kalehe, dans mon territoire d'origine. J'ai été élu comme député national, avant d'être élu par les pairs comme questeur de l'Assemblée nationale avec comme président de l'Assemblée nationale, l'honorable Vital Kamerhe, aujourd'hui directeur de cabinet du Président de la République Félix Tshisekedi.
Quelle est la santé de l'AFDC, 10 ans après ?
Dix ans après, l'AFDC a connu une ascension fulgurante, à telle enseigne que cette ascension lui a attiré beaucoup d'ennuis, de jalousie, de règlements de compte. Comme vous le constatez, l'AFDC et Alliés est la 2ème force politique et aujourd'hui elle a 145 élus tant provinciaux que nationaux : 41 députés nationaux, 70 députés provinciaux, 13 sénateurs, deux gouverneurs de province (Sud-Kivu et Kasai Central), 7 vice-gouverneurs (Maniema, Tshuapa, Equateur, Tanganyika, Kasai, Kasai Central), une femme questeur de l'Assemblée nationale, 6 présidents et vice-présidents des assemblées provinciales.
Donc, nous sommes une grande force politique. Malheureusement, nous avons connu des ennuis tout simplement pour avoir présenté notre candidature au poste de président du Sénat ; un poste qui était ouvert à toutes les forces politiques. Nous à l'AFDC-A, nous nous sommes référés à la charte du FCC qui dispose qu'on doit tenir compte du poids politique, bien sûr, il y a un critère correctionnel de solidarité, mais d'abord c'est le poids politique qui compte et qui fait qu'on peut aspirer à tel ou tel poste.
Malheureusement, le regroupement AFDC-A a constaté que ce principe a été violé, et elle a été donc victime d'une injustice. Sur les 3 institutions qui revenaient à notre famille politique FCC, logiquement, une des institutions devait être dirigée par la 2ème force politique. Mais ça n'a pas été le cas. Lorsque le problème a été posé à notre regroupement, tous les 31 chefs des partis politiques, tous les députés nationaux, les sénateurs, tous à l'unanimité, avions estimé que nous ne pouvions pas accepter cette injustice. Et ils ont donc confirmé ma candidature au poste de président du Sénat.
Cela n'a pas été du goût de notre chef de la famille politique et des autres membres du FCC. Finalement, ils ont pris des mesures de représailles en commençant par dédoubler le regroupement politique AFDC, en usant de tous les moyens : la corruption d'abord, les menaces, les promesses de postes. Finalement, le jour des élections, nous qui avions 13 sénateurs, nous nous sommes retrouvés, au bureau du sénat, avec 7 postes seulement, les autres ayanty été corrompus, étaient partis.
Personne ne nous donnait la chance de pouvoir réaliser le score que j'ai réalisé au Sénat. Mais grâce à notre discours et aussi à la maturité des sénateurs qui ont compris que nous étions victimes d'une injustice et que nous méritions ceci pour la paix et la stabilité du FCC, que nous ayons un poste de responsabilité à la tête d'une institution. Ils ont compris que, malgré tout ce qui s'est fait, malgré toutes les pressions, malgré toutes les menaces, nous avons pu partir 17 sénateurs sur 43 qui ont pu voter pour nous. Donc, il nous manquait juste 12 voix pour être élu à la tête du Sénat.
Mais cela ne s'est pas arrêté là. Les représailles ont continué de manière inexpliquée. Notre quota au gouvernement a été seulement détourné et attribué, une partie aux dissidents créés par le PPRD et le FCC - ce n'est pas un secret - et deux autres postes ont été récupérés par le PPRD. Donc, les 5 postes qui nous revenaient, 3 sont allés aux dissidents, 2 au PPRD. Nous nous attendions que le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo ne puisse cautionner ou donner libre accès aux dissidents, d'autant plus que tout le monde sait que le regroupement politique AFDC & Alliés, c'est notre création.
Nous sommes le seul à avoir été enregistrés au ministère de l'Intérieur, le seul ministère qui soit compétent pour reconnaître l'existence des partis et regroupements politiques. Ce ministère a dit qu'il est clairement interdit par la loi à un parti politique de dédoubler les formations politiques.
Même à la réponse d'une réquisition du parquet général près la Cour de cassation, le ministère de l'Intérieur a encore réaffirmé qu'il n' ya que nous Bahati Lukwebo et, en cas d'absence, Madame Rumbu Kazang qui est la vice-présidente, qui pouvons engager l'AFDC-A et que, de toutes les façons, c'est nous qui détenons la légitimité et la légalité. Mais malheureusement, nous avons constaté qu'au niveau du FCC, on est passé outre ces considérations légales pour continuer à entretenir la dissidence.
Tout le monde connaît la vérité, même les petits enfants la connaissent. Le regroupement politique a quand même un texte qui le régit et qui stipule clairement à l'article 7, paragraphe 4 que, pour être président du regroupement AFDC & Alliés, il faut d'abord être statutairement président de l'AFDC. Et cela se fait partout. Pour être président de l'UDPS & Alli&s, il faut d'abord être président de l'UDPS, pour être président du Palu & Alliés, il faut d'abord être président du Palu.
Et tout cela se fait au su et au vu de tout le monde. Toutes les institutions observent. Moi, j'ai gardé le silence, j'ai laissé les camarades pouvoir défendre notre cause. C'est la toute première interview que j'accorde depuis ma candidature à la présidence du sénat.
Je pense donc qu'il fallait briser le silence en disant la vérité et en rappelant à la classe politique sa responsabilité, celle de servir le peuple, d'éviter de s'appuyer sur le mensonge, d'éviter des contrevérités qui ne nous mèneront nulle part. Car ce sont toutes ces tares qui font que le pays n'avance pas.
On doit, une fois pour toutes, bannir les contrevérités, les tricheries, les jalousies, les haines, les règlements de comptes, surtout cette tricherie au grand jour : la corruption. On se sert de l'argent pour affaiblir les gens qui travaillent.
Vous pesez beaucoup dans l'Est du pays. Vous êtes dans l'actualité depuis plus de trente ans. Vous avez connu tous les présidents : Mobutu, Kabila père, Kabila et Félix Tshisekedi. La perception qu'a le peuple vis-à-vis des politiciens, En Europe, aux Etats-Unis, on sait qu'il yen de gauche, de droite. Certains suivent le courant politique, les socio-démocrates, les libéraux. Au Congo, on ne sait pas de quel côté sont les politiciens. On se demande si les gens suivent une opinion politique ou une pensée philosophique. Est-ce que ces politiciens pensent réellement au peuple ? Quel est votre avis sur la perception qu'a la population sur les politiciens.
Nous AFDC-A, nous sommes des socio-démocrates. Nous sommes un parti de gauche, un parti socialiste, un parti qui prône l'économie sociale du marché. C'est vrai que dans nos pays, ce n'est pas seulement en République démocratique du Congo, les gens n'ont pas vraiment une idéologie politique, une ligne politique ; il n'y a pas de démarcation. Nous avons l'impression que le peuple suit les leaders politiques, mais non la pensée politique. Je pense que ce qui explique cela, c'est l'histoire de notre civilisation. On est parti d'abord des communautés, des tribus, des clans et finalement des régions. Nous essayons d'améliorer petit à petit.
Quand vous regardez l'AFDC d'aujourd'hui, rien que la composition de nos élus, ils viennent de toutes les provinces, presque de toutes les tribus du pays. Je crois que c'est un effort très remarquable. Parce que, par rapport aux partis ou regroupements politiques, vous verrez qu'il y a un fort dosage des gens de tel ou tel autre coin.
C'est vrai que nous aussi avons une origine au Sud-Kivu, quand on fait les statistiques, on trouve qu'on a une dose dominante, mais de manière générale, nous sommes dispersés sur l'ensemble du territoire national. L'avantage que nous avons, c'est que, quand on a travaillé dans la société civile, on était aux côtés de la population et les gens n'ont pas oublié ce qu'on a fait. Chez nous, les gens oublient très vite que c'est pendant les moments difficiles que la société civile était aux côtés de la population.
Ne trouvez-vous pas que c'est de votre faute si les gens oublient par manque de communication. Quand vous étiez dans la société civile, vous n'expliquiez pas au peuple les réalités du pouvoir, les difficultés qu'il y a par rapport au pouvoir. Quand les gens sont à l'extérieur du pouvoir, ils pensent que c'est facile de gérer, vous promettez que vous ferez ceci, vous ferez cela. Les gens généralisent tous les politiciens en les accusant d'être des assoiffés d'argent. Que pensez-vous de cette perception du peuple envers les politiciens ?
Le peuple a raison. Comme les gens disent que la politique, c'est mentir, moi aussi je pense ainsi, car il y en a qu'on remarque qui mentent, mais le moment venu, qui renient leurs paroles. Vous verrez un autre se mettre aujourd'hui à injurier le Président de la République, mais une fois rappelé aux affaires, il devient un grand défenseur du chef de l'Etat, plus que nous qui sommes stables.
D'une manière générale, la population a raison. Ils sont peu nombreux ceux qui ont le sens de la dignité. Tout cela est dû à l'impunité. Car si nous nous mettons à combattre le mensonge, la corruption, se servir, tout cela va disparaître. Rappelez-vous Mzee Kabila, alors qu'il était encore à Kisangani, on disait de lui à Kinshasa que s'il t'attrapait en flagrant délit de détournement des deniers publics, il te couperait la main. Tout le monde à Kinshasa avait peur. Vous avez remarqué que l'ordre et la discipline étaient rétablis ; même dans le secteur des transports en commun, ceux qui s'entêtaient recevaient 12 coups de fouet au ventre, les recettes à la DGI, DGRAD, DGDA avaient augmenté.
Mais avec la guerre, la préoccupation de Kabila étant à la guerre, tout était relâché. Par contre, si on avait continué avec cette discipline, on serait arrivé loin. Il y a trop d'impunité au pays. Remarquez ce qui se passe au pays : devant tout le monde, personne ne punit. Si la rigueur, la discipline sont appliquées, les choses vont changer. Pour se redresser, l'homme politique doit sentir la présence de l'épée de Damoclès suspendue sur sa tête. Il faut qu'il y ait un peu de coercition pour que les gens changent.. Il y a trop de mensonges.
A vous entendre parler, les gens diront que lui était à l'intérieur pendant plus longtemps. Pourquoi il n'a pas agi dans ce sens pour que la discipline revienne?
Toutes les personnes qui suivent l'actualité politique du pays et toutes celles qui ont travaillé avec moi peuvent témoigner. Moi, je n'étais pas président de la République, mais là où j'ai travaillé, j'essayais d'améliorer. A mon entrée comme mandataire à la Sonas, j'ai fait trembler les agents de la Monusco [alors Monuc, NDLR], où trônait le tout puissant Swing, d'origine américaine [alors Envoyé spécial du Secrétaire général de l'Onu en RDC, NDLR]. Ils ne voulaient pas payer l'assurance au pays.
J'ai pris l'avion pour rencontrer le Secrétaire général de l'ONU en vue de l'informer du refus des agents de la Monusco de payer l'assurance dans notre pays où le risque est vécu et où ils sont installés, préférant plutôt la payer dans des pays voisins. A mon retour, ils avaient commencé à payer l'assurance.
Prenons le dossier des sous-gestionnaires des crédits quand j'étais ministre du Budget. Pour qu'un gestionnaire de crédit arrive à bien gérer les procédures des crédits, je suis arrivé à créer le corps appelé sous-gestionnaire et contrôleurs de crédits. Leur rôle est d'assister les décideurs pour les aider à bien interpréter le budget, comment remplir les bons d'engagement, les factures.
Alors ministre de la Fonction publique, j'étais le premier à instaurer le contrôle physique de la paie des militaires à la garnison de Kinshasa. J'ai été même menacé dans mon bureau par celui qu'on appelait DBF au ministère de la Défense. Je lui avais dit de me tuer, mais je devais faire mon travail. Cela nous a permis de récupérer plusieurs milliards de zaïres que nous avions versés à la banque et les bordereaux existent dans les archives de la Fonction publique.
Nous n'avons pas besoin de faire la publicité de ce que nous avions réalisé car nous nous sommes dit que nous devons améliorer là où nous travaillons.
Comme ministre du Travail, j'ai trouvé l'INSS [aujourd'hui CNSS, NDLR], l'INPP et l'ONEM par terre. J'ai rencontré l'INSS en train de requérir ses dettes à la banque pour pouvoir payer les prestations sociales. Après avoir examiné tous les états financiers et en tant que docteur en économie, nous avons commencé à redresser petit à petit la situation. Par exemple, nous avons pris la décision d'annuler une mission des agents devant se rendre à Idiofa pour payer des prestations sociales de 2 millions de FC, alors que les frais de mission des agents s'élevaient à un million de FC. Nous avons préféré plutôt y envoyer ce montant à l'agence sur place.
J'ai fait le rapprochement, comprenant que les opérateurs économiques n'aiment pas déclarer véritablement le nombre d'agents. J'ai dit qu'il fallait les attraper du côté des impôts. En comparant les statistiques, nous avons découvert que beaucoup d'employeurs fraudaient avec les déclarations.
Nous avons fait des redressements au point où l'INSS a commencé à réaliser beaucoup d'entrées financières, si bien qu'on a créé beaucoup d'agences et revu à la hausse les salaires des agents. On a doublé voire triplé les pensions des retraités, mais il y avait toujours de l'argent en réserve. Si bien que nous avons commencé à déposer de l'argent dans des banques. Nous avons inversé la tendance : au lieu d'emprunter de l'argent aux banques, c'est plutôt les banques qui avaient commencé à venir prendre l'épargne de nos membres. Cet argent a généré des millions des dollars qui ont permis à l'INSS à devenir l'un des meilleurs actionnaires de Congo Airways.
Nous avons réalisé tout cela en deux ans seulement. C'est pour dire que si la volonté y est, les choses peuvent marcher en peu de temps.
Quant à l'INPP, vous en connaissez la situation. A mon arrivée au ministère du Travail, j'ai effectué un voyage au Japon avec le DG Maurice Tshikuya pour plaider la concrétisation des dossiers qui étaient en cours. Conséquence, beaucoup de financements avaient été débloqués pour construire entre autres les nouveaux bâtiments de l'INPP sur la 11ème rue [à Limete, NDLR]. On a construit à Lubumbashi, à Mbuji-Mayi et dans bien d'autres milieux grâce à tous ces financements. Donc, nous avons réalisé bien des choses.
A l'Economie, les gens oublient vite. Remarquez comment les gens souffraient pour voyager par avion à l'intérieur du pays. Les prix du billet d'avion coûtaient très cher. Alors, j'avais réuni tous les transporteurs aériens. Après avoir examiné toutes les structures des prix, j'ai compris qu'ils exagéraient les prix des billets pour se taper beaucoup de bénéfices.. Et finalement, nous avons réduit les prix de ces billets de 800 dollars à 220 dollars américains. Nous avons réalisé tout cela, les gens ont peut-être oublié. Nous, nous ne parlons pas, mais nous réalisons beaucoup de choses.
Pour le problème de Lufu. Nous avons pris des mesures pour empêcher des importations frauduleuses.
Interview décryptée par Kléber KUNGU
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