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Quand les Congolais débattent d’une question politique, il font généralement parler non pas la raison, mais leurs émotions. Souvent c’est la partisanerie qui prend le pas sur la rationalité. On ne discute pas pour exposer ou faire triompher la vérité des faits, mais le point de vue du parti ou du clan. C’est ce que j’ai appelé la « wengetisation des cœurs et des esprits ». Ce qui compte, c’est d’avoir raison, même lorsqu’on est conscient de débiter des contre-vérités. 

Ce comportement bizarroïde est perceptible à tous les niveaux de la société congolaise. Les pasteurs vont faire dire à la Bible ce qu’elle ne dit pas juste pour obtenir quelque chose de leurs fidèles (ou moutons, c’est selon), les journalistes clochardisés vont dire des choses pour plaire à ceux qui leur jettent de temps en temps des billets verts; les politiques et les juristes auront tendance à faire dire à la Constitution ce qu’elle ne dit nécessairement pas pour faire triompher leur cause. Au niveau de la population, les gens vont prendre position en fonction non pas de la raison et des faits, mais de la position de l’église et/ou de la famille politique à laquelle ils appartiennent. À partir de ce moment-là, la vérité qui vient d’un autre camp est un mensonge. Bref, la République à démocratiser du Congo est un pays tellement phagocyté par le faux, la fourberie et le mal qu’il est difficile de faire entendre raison aux gens, même quand il s’agit des faits d’une simplicité biblique n’exigeant aucun débat...

Depuis hier, on s’agite autour des propos du Professeur Évariste Boshab. Le monsieur, on le sait, a tendance à s’asseoir sur son cerveau pour des raisons qu’il n’est pas difficile à comprendre. Bien entendu, c’est moins pire que le cas André Mbata qui donne l’impression d’être un « professeur Wewa ». Sans être un spécialiste du droit constitutionnel, on peut comprendre, après avoir écouté ATTENTIVEMENT le professeur Boshab, qu’il n’a pas totalement tort lorsqu’il affirme que « le Premier ministre a des pouvoirs énormes que le Président de la République n’a pas ».

Personnellement, je pense que tout dépend du contexte dans lequel s’exerce le pouvoir. Les propos du prof Boshab prennent tout leur sens quand on est dans un régime de cohabitation. Prenons l’exemple de la France. Jacques Chirac a été le Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing et de François Mitterrand. Lorsqu’on lui a demandé avec lequel de ces deux Présidents il a pu le mieux exercer ses fonctions, Chirac a répondu : « Pour des raisons tenant des circonstances, naturellement avec François Mitterrand », qui n’était pas de la même famille politique et idéologique que lui. Pourquoi ? Parce qu’avec Giscard, sa marge de manœuvre était beaucoup plus réduite qu’avec Mitterrand. Comme on le sait, cette impossible harmonie entre Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac avait conduit à la démission de ce dernier en août 1976.

Si l’on décontextualise les propos de M. Boshab, l’on ne pourra comprendre sa pensée. En effet, hors cohabitation le centre du pouvoir se trouve à la présidence et non à la primature, mais en période de cohabitation, c’est le Premier ministre qui mène la barque. N’est-ce pas professeur Sam Bokolombe ?

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