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* A partir du moment où ces compatriotes, en quête d’eldorado économique, quittent le territoire national pour des pays limitrophes parfois en guerre, l’Etat congolais devrait se sentir interpellé.
Ils sont environ 200.000 ressortissants congolais, brutalement expulsés du territoire angolais depuis une dizaine de jours. Très attendue, la réaction des autorités congolaises est enfin tombée. Au cours d’une réunion du Conseil des ministres présidée hier mardi 16 octobre par le Président Joseph Kabila, le Gouvernement congolais s’est dit totalement indigné par le comportement des dirigeants angolais. Dans un compte-rendu lu par Lambert Mende, porte-parole de l’Exécutif et ministre de la Communication et des médias, Kinshasa reproche entre autres à Luanda, le fait de n’avoir pas respecté le principe sacro-saint d’information préalable, lorsqu’un Etat décide d’expulser de son territoire, des sujets étrangers.

Que l’Angola puisse chasser de son sol, des centaines de Congolais, personne ne devrait sans doute le lui reprocher. Tant il est reconnu à chaque pays, le droit légitime d’expulser de son territoire, les ressortissants étrangers en situation irrégulière. Les fameux " sans-papiers ", pour ne pas emprunter du lexique de l’administration des pays du Nord. Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un pays africain que cette " chasse " à l’homme doit être considérée comme un fait qui sort de l’ordinaire. Encore que ce ne soit pas la première fois que les dirigeants d’un pays africain se soient livrésà cette même opération. Il y a quelques années, le Congo-Brazzaville en face du pool, avait fait la même chose, en chassant des Congolais de Kinshasa vivant sur son territoire.
Cependant, il se pose un vrai problème en termes de conditions dans lesquelles sont menées ces expulsions. Si sur le plan diplomatique, Kinshasa déplore le fait qu’il n’ait jamais été informé au préalable, pour lui permettre d’aménager des sites d’hébergement des expulsés, des humanitaires embouchent la trompette pour fustiger le mauvais traitement réservé aux concernés. Car, des témoignages, des images renseignent à suffisance que ces centaines de Congolais ont été brutalisés et traités comme des bêtes de somme. Inacceptable !

MAIS AU-DELA DE L’INDIGNATION…

Chaque fois que la RD Congo est enrhumée, les pays voisins toussent. En d’autres termes, chaque fois qu’une partie du territoire congolais traverse une crise de quelque forme (calamité naturelle, conflit armé, rébellion…) les populations concernées prennent la direction du pays limitrophe le plus proche. A preuve, nous apprenions que parmi les 200.000 Congolais expulsés d’Angola, la plupart sont des originaires de l’ex-province du Kasaï-Occidental. Précisément des civiles, déplacés ou rescapés - c’est selon - des actes terroristes de la milice Kamwina Nsapu.
Mais au-delà de l’indignation généralisée, d’aucuns estiment que ces vagues d’expulsion des Congolais devraient plutôt interpeller les dirigeants de Kinshasa.Qu’est-ce qui est à l’origine de ces départs massifs des Congolais, de leur pays d’origine ? Comment comprendre que des ressortissants congolais, acceptent de quitter leur mère patrie, pour prendre la direction de tel ou tel autre pays limitrophe parfois en situation de guerre ? On les a vus plusieurs milliers, traverser la frontière entre le Zaïre et l’Angola et braver les canons pendant près de 25 ans de guerre qui opposait naguère, l’UNITA de feu Jonas Savimbi au Mouvement populaire pour la libération d’Angola (MPLA), actuel parti au pouvoir.
Une autre illustration, sans doute dans des circonstances pas similaires, est la très forte présence des Congolais en Zambie, en Ouganda et même au Congo-Brazzaville, pour ne citer que ces trois pays. De l’avis de plusieurs observateurs, si ces compatriotes bravent le danger et acceptent parfois de se faire humilier, c’est parce que leur pays, la RD Congo, ne leur offre aucune perspective. Pays souverain, la RD Congo l’est certes. Mais il ne faudrait pas que cette souveraineté soit réduite en un simple slogan. Bien au contraire. Il faudrait en donner du contenu. C’est-à-dire créer des conditions nécessaires de sa matérialité.

LA RANCON D’UNE ECONOMIE EXTRAVERTIE
Comment peut-on accommoder cette souveraineté brandie matin, midi et soir, avec la triste réalité d’une économie extravertie ? Secret de polichinelle, le circuit économique rd congolais est généralement conditionné par les pays limitrophes. Un tour dans la capitale du pays suffit pour constater que la plupart des boutiques ouvertes dans les quartiers populaires et populeux, sont bourrées de produits manufacturés en provenance de l’Angola. A Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu, des produits venus du Rwanda, sont les plus référencés sur les rayons des supermarchés. On pourrait étendre la même expérimentation sur les marchés de Lubumbashi, Béni, Bunia…où l’on trouve plus, des marchandises venues respectivement de la Zambie, de l’Ouganda et moins, des produits produits localement.
Dès lors que des ressortissants d’un pays béni par le ciel, comme la RD Congo, remuent ciel et terre pour trouver un exil économique, cela ne devrait pas laisser indifférent, les dirigeants du pays.
Mais, quelle que soit la pertinence des raisons que pourrait avancer les autorités angolaises pour, soit se défendre, soit justifier ces expulsions massives des Congolais, les humanitaires n’en démordent pas. Selon eux, le tout devrait se passer dans le strict respect de la dignité humaine. Auquel cas, tout acte déshumanisant et non conforme aux prescrits du Droit humanitaire, est assimilé au crime contre l’humanité.
Grevisse KABREL
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